Orbirea fatala a lui Soljenitin e mai evidenta (si mai dureroasa) acum, dupa 17 ani
Soljenitsyne, nouveau Gorki du pouvoir?
Le 20 septembre au soir, Poutine, un bouquet à la main et son épouse Lioudmila au bras, se présentait à la porte de la résidence de Natalia et Alexandre Soljenitsyne, à une trentaine de kilomètres de Moscou. Les deux couples dînèrent ensemble, après quoi l'ex-officier du KGB devenu président et l'ex-dissident revenu au pays passèrent dans la bibliothèque et causèrent. Trois heures plus tard, le Président et son épouse quittaient les lieux, une télévision d'Etat étant là pour glaner des images muettes de cette rencontre que d'aucuns croyaient impensable.
«Je ne servirai aucun régime. On ne fera jamais de moi un Gorki», déclarait l'écrivain qui, ayant recouvré sa nationalité russe et mis fin à son exil (près de vingt ans), rentra au pays par l'est, par Vladivostok et Magadan, principal centre de transit naguère pour les terribles camps de Kolyma. C'est en 1974 que Soljenitsyne avait été expulsé d'URSS; l'année suivante, le jeune Poutine entrait au KGB.
Fascination du pouvoir? «Je ne comprends toujours pas, renchérit une femme qui côtoya longtemps Soljenitsyne avant de s'en éloigner, comme beaucoup d'autres. «Je crois qu'il a été touché par le fait que Poutine soit venu le voir, ce que n'avait pas fait Eltsine.» Ce dernier, en décembre 1998, à l'occasion des 80 ans de l'écrivain, lui avait décerné l'ordre de Saint-André, la plus haute décoration russe, mais Soljenitsyne l'avait refusée: «Je ne peux pas accepter alors que les gens font la grève de la faim pour obtenir leurs salaires», avait-il déclaré, tout en acceptant une décoration du patriarche orthodoxe. Dans les oeuvres de l'écrivain, maintes pages son consacrées à Lénine et Staline, figures obsédantes. Fascination du pouvoir? «Ce qui l'attire, c'est la nature même du pouvoir, plus que les hommes. Il ne s'est jamais humilié devant le pouvoir», analyse l'ancienne amie. Mais, cette fois, c'est le pouvoir qui est venu à lui.
Poutine n'a pas commenté cette rencontre. Soljenitsyne lui a tressé des couronnes alors qu'après la présidentielle du 24 mars, il ne ménageait pas ses critiques, jugeant que la «la lutte contre la corruption (était) un mensonge pour les idiots», cherchant en vain les «mesures d'assainissement du nouveau pouvoir». Interrogé à la télé, Soljenitsyne a viré casaque: «Il (Poutine) a l'esprit vif, il comprend vite et n'a aucune soif personnelle de pouvoir. Il faut souligner son extraordinaire prudence et son jugement équilibré.» Un coup vraisemblablement imaginé par un des conseillers du Président, le politologue Glev Pavlovski, un ex-dissident qui déclara à l'hebdomadaire Vlast que cette rencontre offrait à l'Occident «l'image d'une normalité de notre pouvoir». C'était sans doute le but de la manoeuvre alors que l'image de Poutine était fortement ternie par l'affaire du Koursk.
Album fourni. Mais au-delà? Certes les deux hommes partagent bien des idées comme la nécessité de renforcer le pouvoir central. Soljenitsyne soutient la guerre en Tchétchénie (alors qu'il avait dénoncé la précédente), il a critiqué les bombardements de l'Otan en Yougoslavie et ses couplets anti-Occidentaux vont dans le sens du poil patriotique que Poutine caresse à l'envie. N'empêche, la corruption de l'Etat, que l'écrivain dénonçait il y a peu, n'a pas molli, des membres de l'administration présidentielle sont mouillés dans des scandales de pots-de-vin et le premier décret que Poutine signa en arrivant fut pour préserver Eltsine (et sa famille) de toute poursuite. Il est probable que la rencontre visait à ajouter une vignette dans un album déjà fourni: Poutine pilote un avion de chasse, Poutine fait du judo, Poutine rencontre Soljenitsyne...
Le Président cherche à s'attirer les faveurs de l'intelligentsia russe et de l'ancienne dissidence. On l'a vu ainsi décorer le metteur en scène Iouri Loubimov, ex-déchu de la nationalité soviétique à l'époque où Poutine était au KGB. Il y a quelques mois, il s'est invité au Pen Club russe. «On n'a pas compris pourquoi il est venu, relate l'écrivain Feliks Svetov. Quand je lui ai demandé pourquoi les journalistes et les gens de Mémorial ne pouvaient pas circuler en Tchétchénie, il a répondu comme un tchékiste: "Qui les paie?" Il nous a aussi expliqué que si le KGB avait fait des erreurs dans les années 30, dans les années 70, quand il y est entré, la situation était différente. C'est un homme qui ment en vous regardant droit dans les yeux.» Au fond de ces yeux-là, Soljenitsyne n'y a vu que du bleu.
============================================
"Alexandre Soljenitsyne n’était finalement pas si hostile que cela à ce que souhaitait instaurer Vladimir Poutine"
Chaque samedi, François Clemenceau, rédacteur en chef au Journal du dimanche, revient sur un événement international.
Avec vous François Clemenceau, nous nous intéressons au grand écrivain russe Alexandre Soljenitsyne dont on célébrera mardi le centenaire de la naissance. L’occasion de se demander si, finalement, il n’était pas si éloigné des idées que défend Vladimir Poutine aujourd’hui ?
Ce qu’on oublie souvent avec Soljenitsyne, c’est qu’il n’a pas connu le goulag au pire des années 60 et 70, mais entre 45 et 53 alors qu’il servait l’armée rouge comme officier dans les tous derniers jours de la guerre. Il est arrêté par le NKVD et transféré à la Loubianka puis envoyé en camp de travail pendant huit ans avant de connaitre l’exil intérieur, la résidence surveillée d’où il ne pouvait théoriquement pas communiquer avec l’extérieur. Ce qu’il critique donc dans ses premiers livres qui ont franchi le rideau de fer, c’est d’abord le totalitarisme de Staline, puis le système communisme dans ce qu’il a de plus répressif. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’il doit sa libération à Kroutchev et son retour en Russie à Gorbatchev. Tous les autres dirigeants soviétiques ont voulu sa mort ou son silence.
Vous faites bien de préciser "soviétiques", car le Kremlin, après la fin de l’URSS, a essayé de récupérer Soljenitsyne
Et d’autant plus facilement que l’ancien dissident devenu Prix Nobel de littérature, n’était pas si hostile que cela à ce que souhaitait instaurer Vladimir Poutine finalement : un pouvoir fort au service d’un nationalisme dur et de valeurs traditionnelles fortes. De ce point de vue-là, on s’aperçoit que Soljenitsyne collait à ce roman russe où l’on rêve de grandeur, de rayonnement, d’autorité, que ce soit celle de l’Eglise orthodoxe ou du l’Etat. Tout en critiquant l’Occident qui l’avait défendu et accueilli et qu’il soupçonnait d’une certaine forme de décadence. C’est ce russisme-là qui a facilité la vente de ses œuvres à son retour, des millions de livres vendus entre les années 90 et 2000 et même son enseignement à l’école. Sauf qu’aujourd’hui, sa trace s’est peu à peu effacée.
Pourquoi ? A cause de cette ambivalence ?
C’est clair que contrairement à d’autres grands dissidents comme Sakharov, Plioutch, Zinoviev, Charansky, Boukovski ou Ginsburg, il n’a pas été au bout de son combat. Il a cru, comme beaucoup dans la perestroïka, mais il a refusé de voir qu’après la parenthèse Eltsine, le pouvoir de Poutine continuait à réprimer toute opposition libérale et toutes les ONG russes de défense des droits de l’homme, comme l’association Mémorial que le Kremlin a essayé plusieurs fois de fermer et de confisquer les archives. En d’autres termes, Soljenitsyne sera davantage honoré mardi en Russie comme un écrivain que comme un dissident, comme un ami de la Russie éternelle que comme le pourfendeur d’un régime qui muselle ses opposants et assassine ses traitres. Il avait été célébré dans les années 70 par la gauche non-communiste, mais enterré il y a dix ans sous les louanges de l’extrême droite devenue le bras de Poutine dans les démocraties européennes.
============================================================
Alexandre Soljenitsyne (1918-2008)
Disparition. L'écrivain russe est mort dimanche 3 août à Moscou à l'âge de 89 ans. Prix Nobel de Littérature il avait survécu à la guerre, au goulag et à la maladie.

A portrait of Russian author and historian Alexander Solzhenitsyn taken in Cologne before his departure for Zurich 15 February 1974. Solzhenitsyn was awarded in 1970 the Nobel Prize for Literature. In his work Solzhenitsyn continued the realistic tradition of Dostoevsky and Tolstoy and complemented it later with his views of the flaws of both East and West. He produced in the 1960s and 1970s a number of major novels based on his experience of Soviet prisons and hospital life. Later he saw that his pr(...)
L'Express


