(Капитан Волконогов бежал)
https://vezionline.net/captain-volkonogov-escaped-capitanul-volkonogov-a-scapat-2021.html
Capitanul Volkonogov a avadat
film 2021
(prod.Estonia, Franta, Rusia)
Résumé
En racontant une quête de pardon impossible, Natalya Merkulova et Alexey Chupov nous écrasent entre les rouages de la déshumanisation totalitaire. Un vrai film de terreur.

Natalya Merkulova et Alexey Chupov, cinéastes et scénaristes exilés depuis l'invasion russe de l'Ukraine, ne cherchent pas à absoudre le fugitif de ses péchés. Il est bien question d'une rédemption impossible, d'une quête absurde et morbide au coeur d'un état totalitaire qui s'auto-cannibalise pour mieux contraindre.
Le capitaine Volkonogov s'est échappé
Le capitaine Volkonogov s'est échappé (Капитан Волконогов бежал) est un film esto-franco-russe réalisé par Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov, sorti en 2021.
Synopsis
Leningrad, 1938. Au pic des Grandes Purges lancées par Staline, les membres de la police politique (caractérisés par leur tenue rouge) sont eux-mêmes menacés d'être arrêtés et exécutés.
Le capitaine Volkonogov s'enfuit du bâtiment où il travaille juste avant d'être convoqué pour une « réévaluation » dont personne ne revient.
D'abord réfugié parmi des sans-abri, il se trouve requis au cours de la nuit pour enterrer des cadavres de policiers, et doit manipuler celui d'un de ses collègues. Peu après, il est frappé d’une vision : ce collègue s'extirpe de la tombe et l'informe qu'il subit les châtiments de l'enfer. Il lui explique que, s'il veut y échapper, il doit obtenir le pardon d'au moins une des familles de leurs victimes.
Volkogonov revient à la caserne et s'empare d'un de ses dossiers, contenant 98 fiches de condamnés. Il part à la recherche d'un pardon (mais il est généralement pris pour un agent provocateur) tandis que le commandant Golovnia, menacé d'exécution s'il échoue, organise la traque du fugitif. Il finit par rafler tous les membres des familles concernées (qui seront relâchés) pour obtenir la reddition de Volkogonov.
Une série de flashbacks présente la vie du service : exécutions au revolver par un bourreau stakhanoviste (40 exécutions par jour, une seule balle par condamné) ; chorale chantant Plaine, ma plaine ; interrogatoire d'un policier qui doit chanter Plaine, ma plaine avec un masque à gaz sur le visage.
Fiche technique
Titre original : Капитан Волконогов бежал, Kapitan Volkonogov bejal
Titre français : Le capitaine Volkonogov s'est échappé
Réalisation et scénario : Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov
Production : Charles-Evrard Tchékhoff, Valeri Fedorovitch et Evgueni Nikichov
Sociétés de production : Look Film, Homeless Bob Production (et), Kinovista
Société de distribution : Kinovista (France)
Langue originale: russe / Durée : 125 minutes / Dates de sortie:Italie: 8 septembre 2021 (Mostra de Venise) / France: 29 mars 2023
Accueil critique
Dans l'émission Le Masque et la Plume (France Inter) du 9 avril 2023, les critiques qui ont vu le film le considèrent comme remarquable, tant pour son contenu (une parabole sur le totalitarisme et la culpabilité) que pour sa mise en scène.
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Le capitaine Volkonogov s'est échappé - critique qui s'en relève à peine
SSélectionné à la prestigieuse Mostra de Venise en 2021, il avait surclassé la sélection de l'Étrange Festival 2022, y remportant sans surprise le Prix du public. C'est pourtant timidement que Le capitaine Volkonogov s'est échappé, avec Yuriy Borisov et réalisé par Natalya Merkulova et Alexey Chupov, débarque dans les salles françaises. En Russie, il n'a pas eu cet honneur et il suffit d'un visionnage pour comprendre pourquoi.
PARANOÏA AGENT
Très récemment, le film britannico-franco-belge La Mort de Staline s'était déjà emparé de la paranoïa aiguë qui caractérisait le régime du dictateur, au point, ironiquement, d'entraîner sa mort. Le capitaine Volkonogov s'est échappé s'intéresse à l'une de ses manifestations les plus atroces : la grande terreur. Au cours de cette période, des centaines de milliers de personnes ont été arrêtées et parfois exécutées sur la foi d'accusations arbitraires... et ce, y compris dans les rangs staliniens ! C'est à cette "purge" que le capitaine en question parvient à échapper in extremis. Trahi par son propre commandement, il se met en tête d'arracher un pardon aux proches de ses victimes passées.
Bien entendu, Natalya Merkulova et Alexey Chupov, cinéastes et scénaristes exilés depuis l'invasion russe de l'Ukraine, ne cherchent pas à absoudre le fugitif de ses péchés. Il est bien question d'une rédemption impossible, d'une quête absurde et morbide au coeur d'un état totalitaire qui s'auto-cannibalise pour mieux contraindre.
Expurgée de son sens par un bourreau monstrueux de cynisme, la mort plane sur les deux heures de film, n'épargnant ni notre anti-héros, qui grappille un maigre répit pour sa nouvelle lubie, ni son poursuivant, cerné à la fois par sa hiérarchie et par une maladie nécrosant progressivement son corps, ni bien sûr les civils. La mort est l'élément perturbateur, le motif, le but, le contexte, quitte à ce que le récit flirte avec le cauchemar fantastique. Le couple de scénaristes préfère l'élaboration d'un univers régi par des cadavres ambulants aux contraintes de la reconstitution historique. Et par la même, il coince ses personnages dans les rouages d'une machine absolument déshumanisante.
Les quelques dialogues qui émaillent la fuite de Volkonogov façonnent à leur tour une dimension politique parallèle, où l'empathie est diluée dans la vodka, où les citoyens se recroquevillent dans leurs masures ou au fond de caves, jusqu'à la catatonie. La purge est traitée comme l'ultime symptôme sardonique (humour très noir à l'appui) de l'autoritarisme paranoïaque stalinien. Un état de perpétuelle agonie qu'il aurait été difficile de mettre en scène sans le protagoniste éponyme, qui tente bien malgré lui de se soustraire – en vain – au système.
DÉLIT DE FUITE
Les cinéastes peuvent compter pour ça sur la performance impressionnante de Yuriy Borisov, comédien en train de conquérir, les uns après les autres, les festivals internationaux, puisqu'il a déjà été remarqué dans Compartiment N°6 et dans le monumental La Fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov. Sorte de Pitbull musculeux à la botte d'un pouvoir qu'il n'essaie pas de comprendre, il semble se décomposer au contact du pays qu'il a contribué à martyriser. Pourtant, il avance vaguement à contre-courant, essayant tant bien que mal de retrouver un sens moral dont on l'a délesté bien auparavant.
Sa fuite désespérée est donc moins une héroïque poursuite de rédemption qu'une recherche inconsciente de la part réprimée en lui. D'abord motivé par la terreur égoïste de l'enfer, il finit, faute de mieux, par échapper à la menace de l'autorité et faire preuve d'un début de sincérité. Difficile d'écrire un pareil cheminement, de raconter la prise de conscience lente et douloureuse d'un ex-tortionnaire désormais conscient qu'il peut être un individu, sans pour autant passer l'éponge sur ses actes, ni vraiment lui accorder ce pardon qu'il poursuit. Il aura fallu à Merkulova et Chupov (dont ce n'est que le troisième long-métrage en tant que réalisateurs) 27 versions du scénario pour y parvenir, et ça se voit.
C'est ensuite à leur mise en scène de ne pas l'iconiser, laissant les décors déprimants l'avaler alors qu'il se perd dans un Leningrad empoisonné. La caméra ne lui accordera qu'un seul instant de grâce, des plus cruels. Le dernier acte enfonce le clou en se décalant sur ce fameux décor, jusqu'à un dernier plan en forme de faux happy-end dévastateur, qui reste en tête longtemps après la séance. Car le climat instauré par Staline a perduré bien longtemps après 1938 et cette description d'un système meurtrier qui tourne à vide fait toujours froid dans le dos.
Il faut donc prendre son courage à deux mains pour découvrir Le capitaine Volkonogov s'est échappé, plus flippant que la plupart des films d'horreur qui envahiront les multiplexes cette année. Mais le jeu en vaut la chandelle.
Iuri Borisov, actor rus, n. 1992
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