miercuri, 31 iulie 2024

Les intellectuels collaborateurs

   
                          collaborateur, collabo
nom

  1. Histoire
    Français partisan de la collaboration avec les Allemands pendant l'Occupation.

  2. Dictionnaire Le Robert
------------------------------------------------------------------------------------



Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945) : Ancien combattant de la Grande Guerre, poète, romancier, essayiste et journaliste, dandy et séducteur, intellectuel socialisant puis fascisant, engagé dans la Collaboration, « L’Homme couvert de femmes » se suicidera à Paris en 1945.










Bibliographie

- Le livre très complet de : André Grover et Pierre Andreu : Pierre Drieu la Rochelle permettra avantageusement de se dispenser de lire celui de Dominique DESANTI : Drieu la Rochelle ou le séducteur mystifié.

- Pierre Dominique : Quatre homme entre vingt  - Montherlant, Morand, Cocteau et Drieu la Rochelle - ( Le Divan Les Quatorze n° 9 1924 )

- Pour une connaissance rapide : Drieu la Rochelle dans la Bibliothèque idéale par Frédéric Grover

- Pierre du Bois : Drieu la Rochelle : Une vie - Thèse ( Cahiers d'histoire contemporaine, Lausanne 1978)

- Frédéric J.Grover : Six entretiens avec André Malraux (Idées, Gallimard, 1978)

- Jean-Louis Saint-Ygnan : Drieu la Rochelle ou l'obsession de la décadence (NEL - Nouvelles Editions Latines, 1984)

- Marie Blavet et Hubert Sterin : Le roman familial de Pierre Drieu la Rochelle (Henri Veyrier 1989)

- Jean Bastier : Pierre Drieu la Rochelle (Albatros 1989)

- Jacques Lecarme : Drieu la Rochelle ou le bal des maudits (PUF 2001)

- Frederic Saumade : Drieu la Rochelle l'homme en désordre (Berg 2003)

- Victoria Ocampo : Drieu Précédé d'une longue introduction de Julien Hervier (Bartillat 2007)

- Maurizio Serra : Les frères séparés, Drieu la Rochelle, Aragon, Malraux face à l'histoire (La Table Ronde, 2008)

- Jacques Cantier : Pierre Drieu la Rochelle (Perrin 2011)

- Frédéric Saenen : Drieu la Rochelle face à son oeuvre. (Infolio, 2015)

- Des ouvrages collectifs :   

- Défense de l'Occident : Drieu la Rochelle, Témoignages et documents (Les sept couleurs, février-mars 1958)

- Les Cahiers de l'Herne : Cahier Drieu la Rochelle 1982

- La Nouvelle Revue Française, du 1-12-1940 au 1-6-1941 (numéros sous la direction de Pierre Drieu la Rochelle )

- Roman 20-50 no 24 de décembre 1997 - Gilles et la Comédie de Charleroi 

- Le Magazine Littéraire - N° 143, décembre 1978

===========================================================

Louis Ferdinand Destouchesdit Louis-Ferdinand Céline né le 27 mai 1894 à Courbevoie1 et mort le 1er juillet 1961 à Meudon, connu sous son nom de plume généralement abrégé en Céline, est un écrivain, médecin et collaborateur français. 

Céline est aussi connu pour son antisémitisme et sa collaboration active avec l'occupant nazi : il publie des pamphlets virulents dès 1937 (année de la parution de Bagatelles pour un massacre) et, sous l'Occupation durant la Seconde Guerre mondiale, écrit des lettres de dénonciation. Il est alors proche des milieux collaborationnistes et du service de sécurité nazi.







----------------------------------------------------------------------------------------------------

Robert Brasillach, né le 31 mars 1909 à Perpignan et mort fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge, à Arcueil, est un homme de lettres, journaliste et collaborateur français.

Outre ses activités littéraires, il est surtout connu pour son engagement politique à l'extrême droite : formé à l'Action française, il évolue vers le fascisme dans les années 1930 (tout en continuant d'écrire dans L'Action française). Sous l'Occupation, il devient rédacteur en chef du journal collaborationniste et antisémite Je suis partout. Par la suite, durant l'épuration, il est jugé par un tribunal d'exception pour « intelligence avec l'ennemi », condamné et fusillé.









Kaplan Alice, Intelligence avec l'ennemi: Le procès Robert Brasillach, Folio, Poche – 15 septembre 2003, 480 p.


Son procès, qui s'ouvre le 19 janvier 1945 devant la cour d'assises de la Seine, dure six heures. Il est condamné à mort le jour même, après une délibération de vingt minutes. Sa défense était assurée par Jacques Isorni, lequel fut également, quelques mois plus tard, avocat de Philippe Pétain

-----------------------------------------------------------------------------------------------

Jacques Chardonne, nom de plume de Jacques Boutelleau, né en 1884 et mort  en 1968, est un écrivain et éditeur français.

Considéré comme un auteur d'extrême droite, il est avec Paul Morand un des pères spirituels de ceux qu'on a appelés « Les Hussards »

Il écrit aux premiers jours de l'Occupation : « Ici occupation correcte, douce, très douce. Mais j'espère que nous souffrirons. J'accepte tout du fond du cœur. Je sens le bienfait de l'“épreuve”, la toute-puissance de l'événement. Une immense folie est dissipée [...] j'ai l'horreur de ce que nous étions. Je ne déteste pas l'Allemand mais le Français d'hier, moi, l'Anglais (l'Anglais surtout qui me devient odieux, avec son Churchill dément), frivole et vantard. La censure elle-même me sera bonne. Nous ne voulons pas être nazis, et personne, je crois, n'attend cela de nous. Mais je peux comprendre leur leçon. Derrière cette force matérielle, il y a des forces morales très grandes. La débâcle anglo-française est une débâcle morale. »

Culturellement germanophile, il répond à l'invitation de Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du Reich, en octobre 1941, avec sept autres écrivains français, tels Pierre Drieu la Rochelle, Marcel Jouhandeau et Robert Brasillach, et séjourne en Allemagne pour le Congrès des écrivains européens de Weimar, dont il revient enthousiasmé, voire favorable à Hitler.





 Jacques Chardonne en 1943 « Le national-socialisme a créé un monde neuf autour de la personne humaine.
=======================================================

Paul Morand, né le 13 mars 1888 à Paris et mort le 23 juillet 1976 à Paris , est un écrivain, diplomate et académicien français. Ouvertement antisémite et collaborationniste, il est ambassadeur de l'État français de Vichy durant la Seconde Guerre mondiale.


----------------------------------------------

BibliObs
Paul Morand: une vie hautaine, vénale, lâche, transformée en roman captivant
Par Jérôme Garcin

Publié le 18 novembre 2020


Paul Morand chez lui en 1964.


Critique  La biographie de Pauline Dreyfus livre la preuve, par les textes, que l’auteur de « France la doulce » pratiqua l’antisémitisme, le racisme, la xénophobie, la misogynie, l’homophobie et, pour lier le tout, le cynisme.

Bien avant d’être détestable, il fut franchement antipathique. D’abord avec précocité, ensuite avec ténacité. Très tôt, Paul Morand sacrifia tout à son plaisir, ses intérêts, ses chevaux, ses ambitions et sa réussite. S’il exécra tant ses contemporains, au premier rang desquels les juifs, les homosexuels, les communistes, les francs-maçons et les sans-grade, c’est qu’il n’aima que lui. Certes, à l’écrivain l’égoïsme donna du vif-argent et la suffisance, du brillant. Mais ils aveuglèrent l’homme pressé qui, trop impatient de paraître, trop soucieux de ses privilèges, trop avide de grandeurs d’établissement, trop âpre au gain, trop enferré dans des stratégies de rond-de-cuir, fut désavoué par la grande Histoire, à laquelle ce féru de géographie lointaine ne comprit jamais rien.

Car rarement le Quai-d’Orsay aura compté, dans ses rangs, un diplomate si impolitique et si peu visionnaire : même à Londres, en 1940, il choisit Pétain contre de Gaulle ; à Vichy, en 1943, il supplie qu’on le nomme ambassadeur à Bucarest, dans la Roumanie du maréchal Antonescu, dont les troupes, auxquelles Morand trouvait de « l’humanité », venaient de massacrer des dizaines de milliers de juifs 
---------------------------------------------------------------------------------------

Henry Millon de Montherlant, né le 20 avril 1895 à Paris et mort le 21 septembre 1972 dans la même ville, est un romancier, essayiste et dramaturge français.Il est élu membre de l'Académie française en 1960.





Antimunichois dans "L'équinoxe de septembre," Montherlant est allé loin ensuite, très loin même, dans l'acceptation de la Révolution nationale de Vichy et l'exaltation de "l'élite héroïque des grands aventuriers" nazis.
-------------------

Son livre Le Solstice de juin est  consacré à la bataille de France de mai-juin 1940.

Dans cet essai, il rappelle les paroles de six écrivains qui ont soutenu sa fermeté dans ces heures douloureuses où la vie des soldats était presque chaque jour en jeu, paroles qu'il conservait dans son portefeuille, transcrites sur un carton bristol. Il défend aussi en certaine mesure l'occupation allemande — d'abord par le principe d'une amitié « chevaleresque » entre vainqueur et vaincu, à l'image de la Grèce antique, ce qui l'engage à réclamer la création d'un « organisme qui ait pouvoir discrétionnaire pour arrêter tout ce qu'il juge devoir nuire à la qualité humaine française. Une sorte d'inquisition au nom de la qualité humaine française ». Son humanisme se définit par rapport au désespoir de Dieu, et prône la force d'un courage en face au néant : « Le combat sans la foi, c'est la formule à laquelle nous aboutissons forcément si nous voulons maintenir la seule idée de l'homme qui soit acceptable : celle où il est à la fois le héros et le sage. » Il voit ainsi en la victoire allemande le symbole de l'éternel recommencement : « La victoire de la Roue solaire n'est pas seulement victoire du Soleil, victoire de la paiennie. Elle est victoire du principe solaire qui est que tout tourne... Je vois triompher en ce jour le principe dont je suis imbu, que j'ai chanté, qu'avec une conscience entière je sens gouverner ma vie. »

Ces paroles lui vaudront la réputation de collaborateur et des ennuis passagers à la Libération. Le 9 septembre 1944, un manifeste du Comité national des écrivains demande le « juste châtiment des imposteurs et des traîtres ». Montherlant est explicitement nommé, et ce, dès la première liste, qui sera ensuite étoffée et remaniée sans que l'on en ôte son nom. 

Cependant, de nombreux éléments montrent que Montherlant n'était pas un collaborateur: dès 1940, il a refusé de participer à la rédaction de La Gerbe, dont le fondateur Alphonse de Châteaubriant est le président du groupe Collaboration ; Montherlant refuse aussi de se rendre à Weimar, à l'invitation des Allemands, conrairement à beaucoup d'autres écrivains français comme Robert Brasillach, Marcel Jouhandeau ou Abel Bonnard ; enfin il refuse de publier dans les journaux ou revues collaborationnistes. Cependant, il a été affirmé qu'il adhéra au gouvernement du maréchal Pétain d'un point de vue moral et spirituel47. Il a par ailleurs donné des articles à la Nouvelle Revue Française de Pierre Drieu la Rochelle (voir les numéros 323 et 326), et certaines sources rappellent qu'il a participé à plusieurs périodiques collaborationnistes tels que Je suis partout, Deutschland Frankreich et La Gerbe. Enfin, il a félicité Lucien Rebatet pour le succès de son livre Les Décombres. (W.)

==========================================================

François Dufay, Le Voyage d'automne. Octobre 1941, 
Tempus, Perrin, 2008

Le train de la honte : ces sept écrivains français qui sont allés à Weimar, chez les nazis

Par Jérôme Garcin

Publié le 2 novembre 2000 

Sept écrivains français ont répondu, en octobre 1941, à l'invitation du Dr Goebbels. François Dufay raconte ce haut fait de la collaboration.

Ce voyage enjoué mais de sinistre mémoire, cette équipée touristique dans l'Allemagne de Hitler, cette promenade de santé à Weimar, la ville de Goethe d'où, par beau temps, l'on pouvait alors apercevoir les fumées du camp de Buchenwald en pleine activité, sept écrivains français, en 1941, y ont participé, avec cette naïve vanité des gens de lettres qu'on honore pour mieux les circonvenir.


1941, des écrivains français en Allemagne invités par Goebbels
Pourquoi ont-ils répondu oui à Goebbels ? En 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale, des écrivains français se rendent en Allemagne à l'invitation des nazis. Ce périple est analysé par François Dufay, auteur du livre "Le Voyage d'automne. Octobre 1941, des écrivains français en Allemagne".

Que des intellectuels français partent en Allemagne pour une rencontre avec des écrivains européens, qu'ils y soient reçus à Weimar dans une ville où vécurent Goethe, Bach, Liszt, Schiller... Rien de plus naturel. Et on aurait pu comprendre ce voyage de sept intellectuels français en Allemagne, s'il n'avait pas eu lieu en octobre 1941.
Au même moment, en France, à Nantes, à Bordeaux et à Chateaubriand, les nazis fusillent 98 otages français, et, tout près de Weimar, des milliers de prisonniers politiques sont enfermés au camp de concentration de Buchenwald. Pendant ce temps, les Allemands sabrent le champagnes avec les intellectuels français. Parmi eux, Drieu La Rochelle et Robert Brasillach, mais aussi Jacques Chardonne, Marcel Jouhandeau, Abel Bonnard, André Fraigneau et Ramon Fernandez.


Pourquoi Céline n'était-il pas du voyage? François Dufay explique: "Trop incontrôlable sans doute, même pour les nazis."
François Dufay, auteur de l'ouvrage Le Voyage d'automne. Octobre 1941, des écrivains français en Allemagne, raconte comment les Allemands ont utilisé la culture comme arme de propagande pour tenter de séduire le monde intellectuel.



                                   Les écrivains français en Allemagne

Gerhard Heller, Pierre Drieu La Rochelle, Georg Rabuse, Robert Brasillach, Abel Bonnard, André Fraigneau et Karl Heinz Bremer.

« J’ai contracté, me semble-t-il, une liaison avec le génie allemand, je ne l’oublierai jamais. Qu’on le veuille ou non, nous avons cohabité ensemble; les Français de quelque réflexion, durant ces quelques années, auront plus ou moins couché avec l’Allemagne, non sans querelles, et le souvenir leur en restera doux. »

~Robert Brasillach

Afin de promouvoir l’Allemagne, et peut être pour rassurer les français également, les Nazi invitent des écrivains français à visiter leur pays. Cette opération de propagande sera très mal perçue par certains français. Qui étaient ces écrivains ? Pourquoi ont-ils accepté ? 

1942 - Drieu la Rochelle – Jacques Decour

Publié le 15 septembre 2022 par Perceval

En mai 1940, Drieu avait décidé de ne plus travailler avec la NRF, une revue qui publiait le communiste Aragon. Il avait conservé un désir de vengeance envers elle, alors que Paulhan avait suspendu sa publication. Il s'engagea avec le soutien d'Abetz, de la republier ; Gallimard soucieux de ne pas tout perdre, a choisi le moindre mal. Paulhan, refusait la co-direction, mais gardait certaines responsabilités...

Drieu écrit dans '' Je suis Partout'', des articles antisémites, comme celui intitulé " De Ludovic Halévy à André Maurois ou l'impuissance du juif en littérature. ". Le 23 juin 1941, " Ils n'ont rien oublié, ni rien appris. ", il s'en prend à Mounier et à Esprit qui reparaît à Lyon.

" La Revue Esprit - qui représenta si parfaitement pendant les dernières années le culte de la confusion, le barbouillage des esprits sous prétexte de mesure et de scrupule et bref, qui sut maintenir par des moyens, tantôt inconscients, tantôt sournois, une partie de la jeunesse française dans l'esprit du plus vieux centre gauche - a reparu à Lyon cet hiver. Emmanuel Mounier persévère dans son libéralisme camouflé, dans sa méthode de pieux sabotage de tous les efforts français pour sortir de l'hésitation. (...) "

1942 - Drieu la Rochelle – Jacques Decour
                                                   Goebbels /  Accueil  / Weimar

Drieu fréquente assidûment les réceptions de l'ambassade ( Abetz) et les manifestations organisées par l'Institut allemand. Il sympathise avec Karl Epting ( directeur de l'institut allemand), Ernst Jünger et le lieutenant Heller. En 1941, du 5 au 11 octobre , il est présent au congrès de Weimar, organisé par les services de Goebbels, il est accompagné de Robert Brasillach, Ramon Fernandez, et de Jacques Chardonne et Marcel Jouhandeau, grands stylistes qui se disent ''apolitiques''...

Weimar, ville culturelle emblématique empreinte d'une tradition de philosophie, d'art et de sciences éclairées. Cette jolie ville, vit dans la fumée des crématoires nazis, situés à proximité, à Buchenwald.

Ce camp de concentration, érigé en 1937 par les premiers détenus allemands qui déboisèrent la forêt de hêtres de l'Ettersberg. Sur l'esplanade du camp, un arbre a été conservé : celui où Goethe aurait conversé avec Eckermann.

A présent, ici, arrivent des centaines de personnes, entassées, une centaine de corps serrés, soudés, par wagon. Un voyage de plusieurs jours.

1942 - Drieu la Rochelle – Jacques Decour
                                                       Un train pour Weimar

C'est un autre type de train, qui a été affrété par le Ministère du Reich à l'éducation du Peuple et à la Propagande, de Joseph Goebbels, aux représentants des intellectuels français avec de nombreux autres venus de toute l'Europe. Ces écrivains traversent le Reich et visitent les ''hauts-lieux'' de culture. Jacques Chardonne, est séduit : " Les Allemands d'aujourd'hui ne sont pas un peuple de guerriers. C'est un peuple de constructeurs " (La Gerbe, Paris, 13 novembre 1941). il applaudit Goebbels, à son initiative de créer à Weimar " l'Association des écrivains européens ".

Le message de cette invitation, est de faire entendre à toute l'Europe, la voix de l'Allemagne : il s'agit de de " convaincre l'Europe de la force spirituelle de la nouvelle Allemagne pour intervenir elle-même spirituellement dans l'histoire du monde, ce qui se réaliserait avec une ampleur inimaginable après le victoire " Rudolf Erckmann.

Dans le hall du bâtiment du NSDAP se trouve un stand présentant des livres and-bolcheviques. Les organisateurs veulent ainsi, comme l'a dit Rudolf Erckmann, " montrer combien il faut garder à l'esprit, même pendant ces journées de Weimar, la signification profonde de la guerre en Russie ".

Et il poursuit : " Ce n'est pas le culte du passé qui motive une telle action. Elle ne peut trouver son origine que dans la force interne et externe du Reich et l'autorité du Führer. Le miracle de Weimar dans la construction d'une nouvelle Europe réside peut-être dans ce que l'Allemagne, à la confiance qui règne parmi les peuples européens, ajoute maintenant aussi une base culturelle ".

Tous les ôtes étrangers sont invités à s'incliner devant les tombes des grands de Weimar, dans le palais Wittum éclairé par des centaines de bougies. C'était la résidence baroque où Anna Amalia veuve, passa les trente dernières années de sa vie (1775-1807), et reçut les grands noms de la culture allemande, tels que Wieland, Goethe, Herder et Schiller.

1942 - Drieu la Rochelle – Jacques Decour
Jacques Decour au Lycée Rollin

Au même moment, Jacques Decour (1910-1942) - que Lancelot ne connaît pas - jeune professeur d'allemand au lycée Rollin, professe que le germanisme était un humanisme et fait partager son amour de Heine, Hölderlin, Nietzsche. Il fait lire Lessing, dont le '' Nathan le Sage'' condamnait par avance les persécutions hitlériennes, il rappelle le "Guillaume Tell" de Schiller, et que Goethe reste le champion de la diffusion des Lumières. Il travaille à faire connaître '' l'Homme sans qualités'', de l'Autrichien Musil. Résister au fascisme, pour lui, c'est faire lire les auteurs allemands condamnés par le IIIe Reich, parmi lesquels le juif Heine. C'est encore , par des tracts en allemand, rappeler aux forces d'occupation qu'en servant Hitler, elles trahissent Kant, Hegel, Bach, Beethoven ou Dürer, et c'est imprimer en allemand, à la une de '' la Pensée libre'', l'épitaphe de Goethe: '' Mehr Licht'' (''Plus de lumière'').

Jacques Delcour, est aussi communiste. Grand, le visage fin et la bouche moqueuse ; il est devenu en 1932, le plus jeune agrégé d'allemand de France. " Il ne faut pas oublier que c'est à toute la littérature allemande qu'Hitler a déclaré la guerre. " dit-il.

Il fait avec Georges Politzer et Jacques Solomon, '' la Pensée libre'' qui paraît au début de 1941.

Avec Paulhan - alors qu'il cède sa place à Drieu la Rochelle - Jacques Delcour, épaulé par Aragon, ont le projet des Lettres Françaises , c'est-à-dire du journal du Comité National des Écrivains (C.N.E) naissant.

Un mois après le retour à Paris de Drieu la Rochelle et ses collègues de ce voyage à Weimar, Jacques Decour les accuse dans "Une lettre ouverte à MM. Bonnard, Fernandez, Chardonne, etc., anciens écrivains français" : " Vous revenez d'Allemagne. Tandis qu'à Paris, la Gestapo emprisonnait cinq membres de l'Institut de France, vous alliez, "invité" par l'Institut allemand, prendre à Weimar et à Berlin les consignes de M. Goebbels (...) Honneur, fidélité, patrie: pourquoi faire sonner à vos oreilles des mots dont le sens vous échappe? (...) Vous avez choisi l'abdication, la trahison, le suicide. Nous, écrivains français libres, avons choisi la dignité, la fidélité, la lutte pour l'existence et la gloire de nos lettres françaises. ".

Jacques Decour sera arrêté et exécuté deux mois plus tard.

Le 17 février 1942, Decour ( il a 32 ans) est arrêté, avec ses camarades, par la police française. C'est cent seize militants communistes, qui seront arrêtés et transférés en tant que terroristes à la Gestapo, et dont le tiers va être fusillé comme otages au Mont Valérien.

Jacques Decour est fusillé le 30 mai 1942 à 14 h3, une semaine après Georges Politzer et Jacques Solomon.

Dans sa dernière lettre à ses parents, il écrit: " (...) Vous savez que je m'attendais depuis deux mois à ce qui m'arrive ce matin, aussi ai-je eu le temps de m'y préparer, mais comme je n'ai pas de religion, je n'ai pas sombré dans la méditation de la mort : je me considère un peu comme une feuille qui tombe de l'arbre pour faire du terreau. La qualité du terreau dépendra de celle des feuilles. Je veux parler de la jeunesse française, en qui je mets tout mon. Espoir... "




Les intellectuels et la collaboration

https://www.maxicours.com/se/cours/les-intellectuels-et-la-collaboration/

Objectif
Dès la poignée de main entre Pétain et Hitler en gare de Montoire le 24 octobre 1940, le régime de Vichy s'engage dans la collaboration avec l'Allemagne.
Face à ce choix idéologique, les intellectuels ont différentes réactions.

Quelles sont-elles et comment expliquer le ralliement de certains au camp de l'Allemagne ?
De toutes les formes de la collaboration, la collaboration idéologique est la plus connue et la plus manifeste. Des intellectuels français, souvent brillants, vont être tentés par le régime nazi ou par un rapprochement avec l'Allemagne. 
1. Écrire ou se taire ?
Après la conquête allemande et l'occupation de la partie nord du pays, c'est en effet le choix qui se pose pour les intellectuels, quelque soit leur domaine d'action.

Les patrons de presse par exemple sont confrontés au dilemme de saborder leur journal, de le faire paraître en « zone libre » ou continuer à Paris mais sous le joug et la propagande allemands. Certains journaux font, volontairement, ce dernier choix et deviennent vite des outils de propagande pour les Nazis, comme par exemple Paris-soir (Le Figaro et La Croix préfèrent eux se replier dans le Sud).

Ce même choix se pose bien entendu pour les autres domaines culturels comme le cinéma ou encore le théâtre. Faut-il jouer devant des Allemands, accepter qu'ils censurent ou refusent certaines pièces ou films ? Un refus signifierait ne plus travailler. Beaucoup d'intellectuels sont confrontés à ce problème. Les Allemands se montrent de plus très favorables à la culture française et n'hésitent pas à réclamer, voire à financer, des manifestations culturelles.

Certains font clairement le choix de s'afficher avec l'occupant, avec plus ou moins de scrupules. Le dramaturge Sacha Guitry, qui n'a cependant pas été stricto sensu un collaborationniste, continue de produire ses pièces et se rend régulièrement à l'ambassade allemande.

Un « tout Paris » ne pâtit donc pas vraiment de la présence allemande tant les vernissages d'expositions, les premières de films ou les « événements littéraires » continuent à être aussi nombreux. Le cinéma français fut très florissant à cette période. Il paraît plus d'ouvrages en 1943 qu'en 1941, et ce, en dépit des restrictions de papier. Jean-Paul Sartre résume au nom des intellectuels et à propos de l'occupation « qu'elle était intolérable et que nous nous en accommodions fort bien ».

2. Les collaborationnistes parisiens
Doc. 2. Charles Maurras
Doc.1. 
Robert Brasillach


Dans un tout autre degré, certains intellectuels font clairement le choix de l'Allemagne. Formant une petite minorité parisienne, ils sont toutefois actifs et constituent un « noyau dur » de la collaboration, rivalisant de surenchères pour mieux toucher l'audience et les subsides des nazis.

On y trouve ceux que l'on peut classer à l'extrême droite avant la guerre et qui voient dans la défaite et l'occupation, une occasion de revanche. C'est le cas des hommes gravitant autour du journal Action Française (publication du mouvement royaliste fondé par Charles Maurras, théoricien extrémiste) mais aussi d'intellectuels de renom comme les écrivains Brasillach (auteur d'études sur Virgile ou Corneille), Drieu la RochelleLucien Rebatet (journaliste talentueux et auteur du pamphlet antisémite Les Décombres en 1942) ou Louis-Ferdinand Céline (auteur du Voyage au bout de la nuit, prix Renaudot 1932).

Ils font des voyages en Allemagne et proclament leur admiration du nazisme dans les médias contrôlés par l'occupant (à Radio-Paris ou dans les journaux qui constituent leur tribune privilégiée : Je suis partout dont Brasillach est le rédacteur en chef, Gringoire ou L'œuvre).

Leurs écrits sont porteurs d'un anticommunisme virulent, d'une haine pour la démocratie et d'un antisémitisme revendiqué (selon Brasillach, il faut ainsi « se débarrasser des Juifs en bloc et ne pas garder de petits »). Ils affichent aussi une hostilité vis-à-vis des alliés qu'ils accusent être vendus aux Juifs et à la franc-maçonnerie. Le régime de Vichy perd rapidement grâce à leurs yeux et ils n'hésitent pas à accuser Pétain de « tiédeur » voire de double jeu. Ils souhaitent un engagement total de la France avec l'Allemagne.

Certains rejoignent même des partis politiques ou des mouvements fascisants et se révèlent être d'ardents défenseurs.

Des intellectuels d'autres horizons vont aussi se laisser séduire par les idées nazies par conviction, opportunisme, antisémitisme ou anticommunisme.

Après la guerre, l'épuration s'abat sur les milieux intellectuels. Les symboles de cette dérive collaborationniste sont jugés et pour certains, condamnés à mort (Brasillach notamment est exécuté ; le président De Gaulle a refusé sa grâce affirmant que « le talent est un titre de responsabilité »).

Quelques intellectuels sont condamnés à la réclusion à perpétuité (Maurras), d'autres préfèrent l'exil (Céline), même le suicide (Drieu la Rochelle) ou encore certains échappent à l'exécution par une grâce (Lucien Rebatet).
Leurs choix idéologiques pour la collaboration marquent, de ce fait, négativement le jugement porté a posteriori sur leurs oeuvres. La plupart d'entre eux sombrent ainsi dans l'oubli.
L'essentiel
Lors de l'occupation, les intellectuels sont confrontés à un dilemme : cesser d'écrire, de jouer, de filmer pour ne pas se compromettre avec l'occupant ou continuer de travailler pour distraire les Français, par choix idéologiques ou simplement pour vivre ?
La plupart continue leur travail et la vie culturelle de la France de l'occupation est paradoxalement assez riche.

Certains intellectuels choisissent le camp de la collaboration. Cette minorité très active publie des articles pro-nazis ou fait des chroniques radios dans des médias contrôlés par les Allemands.
Des grands auteurs de la période, venus souvent de la droite ou l'extrême droite comme Drieu la RochelleBrasillach ou Louis-Ferdinand Céline, s'affichent comme ouvertement collaborationnistes. Leurs écrits reprennent la propagande et la doctrine nazie : anticommunisme, antisémitisme, exaltation du fascisme.

L'épuration après guerre sera particulièrement dure avec eux. Brasillach est ainsi fusillé pour ses prises de position.
===========================================

Vingt intellectuels sous l’Occupation – Des résistants aux collabosEditions du Rocher, 2020, 232 pages, 18 €

Laurent Wetzel

Vingt intellectuels sous l’Occupation – Des résistants aux collabos

Laurent Wetzel est ainsi présenté sur la 4ème de.couverture : « Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm et agrégé d’histoire, a travaillé avec René Rémond et Alain Peyrefitte. Il a été maître de conférence d’histoire contemporaine à Sciences Po et professeur d’histoire politique à Sup de Co et a également exercé la fonction d’inspecteur pédagogique régional dans plusieurs académies ». La publication en 2012 d’un ouvrage intitulé Ils ont tué l’histoire-géo est également mentionnée. Une recherche plus complète nous apprend qu’il a été un homme politique de droite très virulent, qu’il été maire (UDF) de Sartrouville et conseiller général. Il ne semble avoir publié jusqu’ici aucun article ou ouvrage historique.

Trois parties composent l’ouvrage : « Figures d’intellectuels résistants » (8 portraits, 72 pages) ; « Figures d’intellectuels collabos » (8 portraits, 90 pages) ; « Figures d’intellectuels ambivalents » (4 portraits, 36 pages). Les intellectuels résistants sont : Marc Bloch, Pierre Brossolette, René Cassin, Jean Prévost, Jules Saliège, Jacques Soustelle, Germaine Tillion et Simone Weil. Les intellectuels collaborateurs (ou plutôt collaborationnistes par le choix qui est fait) sont Alfred Baudrillart, Jacques Benoist-Méchin, Robert Brasillach, Marcel Déat, Pierre Drieu la Rochelle, Jean-Paul Hütter, Claude Jamet, Georges Soulès. Les quatre intellectuels « ambivalents » sont Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, Georges Pompidou et François Mitterrand. Chaque « figure » est traitée sur une dizaine de pages, dont beaucoup de citations des écrits de la personne choisie

Questions sans réponses

L’auteur est évidemment libre du choix des personnes qu’il veut présenter mais on aimerait avoir des éléments de réponse aux questions que tout lecteur se pose : Pourquoi eux ? Pourquoi pas d’autres ? Pourquoi pas Jacques Chardonne, Marcel Jouhandeau, Paul Morand ou d’autres hommes ayant fait le choix de la collaboration ou du collaborationnisme (qu’il faudrait distinguer) ? Pourquoi pas Albert Camus, René Char, Robert Desnos, Boris Vildé, Jacques Decour ou d’autres femmes et hommes s’étant engagé dans la Résistance ? Et, davantage encore, pourquoi ces quatre hommes dits « ambivalents » (la notion de vichysto-résistant n’est pas abordée) ? Pourquoi Georges Pompidou y figure-t-il, lui qui n’a pas été résistant ? Où est l’« ambivalence » de Raymond Aron, lui qui arrive à Londres le 28 juin 1940 pour s’engager dans la France libre ?  Pourquoi aucun intellectuel communiste ne figure-t-il dans cette liste ? Pourquoi la notion d’engagement de l’intellectuel n’est-elle pas abordée ? Comment l’auteur comprend-t-il l’ambivalence ?

On ne trouve pas de réponse à ces questions. Aucune problématique ne justifie les propos. Il n’y a pas d’introduction véritable, mais un court avant propos ; il y a une page de conclusion qui est un résumé. Lisons donc l’avant propos pour connaitre le projet de l’auteur. Il nous dit qu’il s’agit d’un « essai » qui consistera à « dépeindre des figures d’intellectuels engagés » ou qui « chacun à sa façon adoptèrent des positions ambivalentes ». « Il ne s’agit pas de relater dans le détail, la vie de ces personnalités. Plusieurs historiens s’y sont déjà employés, à une ou deux exceptions près ». Effectivement, à part peut-être Jean-Paul Hütter, tous ces personnages sont connus et leur action de résistance ou de collaboration aussi. Le vrai projet de l’auteur est donc le suivant « reconstituer, au travers de récits et de propos (effectivement les citations constituent une bonne part du texte), souvent peu connus mais tous éclairants, les tempéraments, les motivations et les convictions de ces intellectuels ».

Des partis pris insidieux

Chaque personnage est donc évoqué en quelques pages, puis on passe  au suivant   Mais alors pourquoi ne pas avoir proposé la moindre réflexion synthétique, par exemple sur la profondeur du pacifisme qui conduit les uns et les autres dans des voies opposées ? Il nous faut encore signaler des partis pris insidieux. Jean-Paul Sartre a droit a cinq pages seulement. Le chapitre s’ouvre et se ferme par une citation d’un article intitulé « La République du silence », que Sartre publia dans Les Lettres françaises du 9 septembre 1944. La citation est la suivante « Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’Occupation allemande ». L’auteur qualifie cette citation d’« étonnante », ainsi que quelques autres complètement sorties de leur contexte. Il laisse entendre que Sartre dit n’importe quoi. Il fait donc semblant (espérons-le) de ne pas savoir que cette formule prend sens qu’au prix d’une nouvelle définition de la liberté et nous renvoie pour être comprise à la philosophie existentialiste. La dizaine de pages consacrée à François Mitterrand, sous une apparence factuelle et distancée, est insidieusement malveillante.

© Joël Drogland pour les Clionautes

https://hal.science/tel-01577863/document

Henry Rousso

Histoire et mémoire des années noires

Mémoire pour l’habilitation à diriger des recherches

Directeur : Jean-Pierre Azéma

professeur à l’Institut d’études politiques de Paris

Jury :

François Bédarida, directeur de recherche émérite au CNRS

Serge Berstein, professeur à l’IEP de Paris

Pierre Nora, directeur d’études à l’EHESS

Antoine Prost, professeur émérite à l’université Paris 1

================================

Couverture fascicule

Les intellectuels collaborateurs exilés en Suisse

 

[article]

  Année 2002  67  pp. 84-89

https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_2002_num_67_1_402395

Résumé

Vies et morts symboliques des intellectuels collaborateurs : perdre et tenir position face au stigmate


Accès à la thèse

Version(s) validée(s) par le jury

Cette thèse porte sur le (re)positionnement, après-guerre, des gens de lettres ayant collaboré durant l'Occupation. Cet objet questionne, dans le cadre d'une sociologie des intellectuels, la contradiction qui s'opère entre la valorisation du patrimoine littéraire et la gestion mémorielle de Vichy et, ainsi, interroge de manière plus générale les interactions entre le champ littéraire et le champ politique. La perspective proposée pour saisir les termes de ces interférences est l'étude du stigmate de collaborateur, en tant que contrainte et en tant que ressource. A ce titre, la prosopographie de la population considérée, le recensement de l'ensemble de leurs œuvres (éditions, rééditions, préfaces, genre) ainsi que la restitution de certaines trajectoires biographiques et, surtout, l'analyse de la façon dont ces acteurs furent perçus dans leur espace social de référence se présentent comme autant de manières d'appréhender empiriquement une histoire longue des écrivains ayant collaboré.


Intellectuels fascinés par Hitler et gauche attirée par le nazisme: plongée dans la France collabo

Sylvain Boulouque – Édité par Natacha Zimmermann – 11 février 2023 à 11h41

Quatre ouvrages permettent de mieux comprendre les motivations de ceux qui se sont fait les relais de la propagande nazie dans les années 1940.

Le collaborationniste français Jacques Doriot, fondateur du Parti populaire français (PPF), porte l'uniforme allemand et pose devant des affiches de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF). | Auteur inconnu / Domaine public <a href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Jacques_Doriot_in_German_uniform.jpg">via Wikimedia Commons</a>
Le collaborationniste français Jacques Doriot, fondateur du Parti populaire français (PPF), porte l'uniforme allemand et pose devant des affiches de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF). | Auteur inconnu /

Régulièrement, le thème de la collaboration revient à la une de l'actualité. Depuis la campagne électorale, les travaux des chercheurs –dont le rythme est, précisons-le, indépendant des évolutions politiques– permettent d'en approfondir certaines dimensions.

«Ils l'appelaient Monsieur Hitler», récits de fascisations

La collaboration est d'abord un système d'adhésion: des hommes et des femmes ont, par choix idéologique, soutenu le régime de Vichy et, pour certains, admiré Adolf Hitler depuis le début des années 1920. C'est ce que rappelle l'écrivain et historien Christophe Bourseiller dans son ouvrage sur les nazis français, Ils l'appelaient Monsieur Hitler–L'histoire méconnue des nazis français (1920-1945).

Une partie des intellectuels se sont très tôt ralliés à Hitler. Dès que la nouvelle de la tentative de putsch dans la brasserie munichoise du 8 novembre 1923 se répand, quelques ténors de l'extrême droite trouvent cette tentative digne d'intérêt. Tout aussi antisémites que leur voisin, ils trouvent également la lecture de Mein Kampf passionnante et traduisent le texte en français.

Mais les premiers fascistes français viennent pour partie de la gauche de l'échiquier politique. Plusieurs sont passés par l'admiration du fascisme italien, à l'image de Georges Valois, qui fonde le parti politique Le Faisceau en 1925, à Paris. Très vite, il est supplanté par Marcel Bucard et François Coty, qui affirment une fascination plus marquée pour l'Allemagne.

Gustave Hervé, ancien socialiste insurrectionnel, est lui aussi tenté par l'apologie des premiers nazis. Otto Abetz, le futur ambassadeur d'Allemagne en France, intervient quant à lui très tôt dans le dispositif nazi. C'est lui qui, dès 1930, organise les premières rencontres entre intellectuels français et membre du parti d'Hitler.

Pour que le courant prenne corps,
il faut deux partis de masse: celui
de l'ancien communiste Jacques Doriot, le Parti populaire français; et
le Rassemblement national populaire de l'ex-socialiste Marcel Déat.

La deuxième partie de l'ouvrage montre comme le nazisme au pouvoir arrive à se présenter sous son meilleur jour, faisant disparaître les aspérités et les violences au profit d'un ordre nouveau dans lequel le chômage et la misère auraient disparu. Quelques intellectuels se rendent en Allemagne et en reviennent enthousiasmés –contrairement à la grande majorité des voyageurs qui ont vu la réalité du pays.

Les réseaux pro-nazis restent marginaux mais actifs, avec quelques nouvelles tentatives, comme la création de la Solidarité française et de groupuscules tels que Racisme international fascisme de Jean Boissel ou le Parti national prolétarien d'Eugène-Napoléon Bey. Pour que le courant prenne réellement corps, il faut toutefois deux partis de masse. Le premier est celui de l'ancien communiste Jacques Doriot, le Parti populaire français (PPF); le second est le Rassemblement national populaire de l'ex-socialiste Marcel Déat.

C'est seulement avec la défaite et l'occupation que ces différents groupes arrivent à prendre le pouvoir. Amplement relayés par les services de propagande d'Otto Abetz, ils vont, pendant quatre ans, se livrer à l'apologie du nazisme en France, puis tenter de le mettre en œuvre.

Les premiers en participant directement à l'effort de guerre allemand: Jacques Doriot part sur le front russe, puis meurt dans un bombardement sous l'uniforme allemand en 1945. Le mouvement de Marcel Déat, lui, appelle à l'unification de la nation par la race. Au fur et à mesure que la guerre se développe, ils prennent de plus en plus de place dans l'État français, permettant le collaborationnisme.

Ils l'appelaient Monsieur Hitler–L'histoire méconnue des nazis français (1920-1945)

Christophe Bourseiller

Perrin

400 pages / 23 euros / Paru le 13 octobre 2022

«Abel Bonnard», vie et mort d'un poète reconverti en ministre nazi

La biographie Abel Bonnard–Plume de la collaboration, rédigée par Benjamin Azoulay, offre une autre illustration du nazisme français. Né en 1883, cet ancien khâgneux devient poète, romancier maurassien puis fasciste, et rejoint le PPF de Jacques Doriot. Le jeune écrivain s'est fait remarquer pour son attitude au combat pendant la Première Guerre mondiale. Devenu académicien, il participe au cercle littéraire nationaliste. Un temps proche de l'Action française, détestant la gauche et Léon Blum, il rejoint le Front de la liberté, un cartel d'organisations animé par le PPF pour faire obstacle au Front populaire.

Lors de l'arrivée de Philippe Pétain au pouvoir, il est un partisan actif de la collaboration, et est même nommé ministre de l'Éducation dans le second gouvernement Laval en 1942, contre l'avis du maréchal, qui le qualifiait de «gestapette». Il développe une vision élitiste de l'école, tout en mettant en œuvre l'ensemble de la politique antisémite de vichy, et est à l'origine de la suspension de Jules Isaac et de l'interdiction de son manuel.

Le dandy devenu ministre fuit en Allemagne en 1944. Condamné à mort par contumace, il préfère se réfugier en Espagne, avant de rentrer en France en 1958, moment où sa peine est commuée en bannissement. Refusant la sanction, il quitte le pays pour retrouver l'Espagne, n'assumant pas son passé.

Abel Bonnard–Plume de la collaboration

Benjamin Azoulay

Perrin

384 pages / 25 euros / Paru le 12 janvier 2023

«Au service du Maréchal?», histoire de la Légion des combattants

Si les deux premiers cas évoqués sont des figures de l'ultra-collaboration, la thèse de l'historienne Anne-Sophie Anglaret, Au service du Maréchal?vient apporter un éclairage utile et novateur sur la Légion française des combattants, fondée par Philippe Pétain en 1940. Elle regroupe principalement d'anciens membres du Parti social français.

L'autrice montre parfaitement que ces hommes sont principalement issus de milieux sociaux plutôt aisés et peu enclins à défendre les valeurs démocratiques. Cette légion a servi de base, de terreau et de structure d'encadrement au régime de Vichy et a porté le national-conservatisme à la française qui, s'il n'était pas à proprement parler du fascisme, s'en rapprochait forcement.

Au service du Maréchal?–La légion française des combattants (1940-1944)

Anne-Sophie Anglaert

CNRS éditions / 336 pages / 25 euros / Paru le 19 janvier 2023

«Propaganda Hitler», le poids des mots, le choc des images

Le remarquable ouvrage de l'historien Emmanuel Thiébot, Propaganda Hitler, apporte des éléments complémentaires: il s'agit d'évoquer le nazisme par l'image dans ses éléments de propagande, mais aussi dans sa dénonciation.

Les Français n'ont pas été avares en compliments. Les reproductions des couvertures de Mein Kampfcomme sa diffusion par plusieurs éditeurs de renom, en sont notamment une trace. Il en est de même pour l'exaltation du régime et de son chef par la presse, les timbres et les cartes postales. L'ouvrage soulignant aussi la force des oppositions à Hitler, les caricatures proposées en étant un autre exemple.

Propaganda Hitler–Du «sauveur» au monstre, les 1.000 visages du Führer

Emmanel Thiébot

Armand Colin / 260 pages / 35 euros / Paru le 19 octobre 2022

L'ensemble de ces travaux vient prouver que la collaboration a d'abord été un choix idéologique, que la France a, entre 1940 et 1944 ,versé dans le fascisme. Un fascisme à la française, mais un fascisme quand même.



https://fr.wikipedia.org/wiki/Collaboration_en_France

La presse collaborationniste, ou collaboration de plume

Avant le début de la Seconde Guerre mondiale, le décret-loi du  (décret Daladier) institue un « Commissariat général à l'Information » qui dépend directement de la Présidence du Conseil. Dirigé par le diplomate Jean Giraudoux, il est chargé de contrôler les médias et mobiliser l'opinion contre l'Allemagne nazie. Pendant la drôle de guerre, le commissariat est transformé par le décret du  en « Secrétariat d'État de l'Information et de la Propagande » du ministère de l'Information, sur lequel va ensuite s'appuyer la collaboration pour faire accepter aux Français la défaite à travers trois médias : France-Actualité pour les actualités cinématographiques, Radiodiffusion nationale pour les ondes et la presse écrite pour le reste.

Les principaux journaux de presse adoptent alors trois attitudes : soit ils se sabordent (Le Canard enchaînéL'IntransigeantLe Populaire ou L'Humanité) ; soit ils se replient en zone libre dès le , essentiellement sur Lyon où existent de nombreuses imprimeries (Le JournalParis-Soir ou le Figaro) ; soit ils décident de reparaître en zone Nord (Je suis partout ou Le Matin).

La majorité des titres de la presse collaborationniste en zone occupée sont subventionnés ou détenus en sous-main par l'ambassade d'Allemagne d'Otto Abetz, qui a créé à cet effet les Éditions Le Pont. La presse parisienne, avec Le Petit Parisien et sa radio Le Poste Parisien, propriété de Pierre Dupuy, est dominée par la personnalité du patron de presse Jean Luchaire. L'ambassade d'Allemagne exerce principalement la propagande et la Propaganda Staffel se spécialise dans la censure, notamment grâce à ses bureaux en province. À part les ultra-collaborationnistes, les journalistes agissent plus par opportunisme, appât du gain — alors que les salaires en France sont bloqués, leurs appointements sont doublés par l'entremise de la Propaganda Staffel — ou lâcheté, que par idéologie.

La presse maréchaliste en zone libre soutient majoritairement la politique collaborationniste et antisémite de Pétain en pratiquant l'autocensure, car elle est contrôlée par le « Secrétariat d'État de l'Information et de la Propagande » du ministère de l'Information, dirigé par Paul Marion, puis Philippe Henriot.

Peu à peu, face à la propagande manifeste, les Français se détournent des journaux politiques de la collaboration, qui continuent à annoncer des tirages phénoménaux alors qu'ils réalisent de 30 à 50 % de bouillons. Ils privilégient alors la presse spécialisée (sport, presse féminine) et la presse clandestine (comme Franc-TireurCombat ou Libération)

Des dizaines d'écrivains ou journalistes de renom furent des collaborateurs. Les articles spécialisés permettent de connaître plus en détail la nature des engagements de différents écrivains de renom en faveur de l'occupant ou de la Révolution nationale. Albert Lejeune fut le seul éditeur à être condamné à mort et exécuté, mais c'est principalement pour son rôle dans une affaire de presse. Côté écrivains et journalistes, cela a aussi été le cas de Robert Brasillach, de Paul Chack ou de Paul Ferdonnet.


Des dizaines d'écrivains ou journalistes de renom furent des collaborateurs. Les articles spécialisés permettent de connaître plus en détail la nature des engagements de différents écrivains de renom en faveur de l'occupant ou de la Révolution nationale. Albert Lejeune fut le seul éditeur à être condamné à mort et exécuté, mais c'est principalement pour son rôle dans une affaire de presse. Côté écrivains et journalistes, cela a aussi été le cas de Robert Brasillach, de Paul Chack ou de Paul Ferdonnet. (W.)