marți, 25 iulie 2023

Istorici francezi 3 / Johan Chapoutot+ Lionel Richard

 

Johann Chapoutot n.1978 (45 de ani)

«La Révolution culturelle nazie»: comprendre l'incompréhensible

Johann Chapoutot poursuit aujourd’hui avec La Révolution culturelle nazie son enquête serrée sur le phénomène national-socialiste et sur son idéologie. 

Après Le Nazisme et l’Antiquité, après La Loi du sang (recensé ici naguère), Johann Chapoutot poursuit aujourd’hui avec La Révolution culturelle nazie son enquête serrée sur le phénomène national-socialiste et sur son idéologie. Historien à Paris IV, l’auteur remonte avec un grand luxe de citations jusqu’aux sources de ce qu’il n’hésite pas à appeler « une révolution culturelle ». C’est que l’expansion barbare du mouvement hitlérien conjugua avec une rare efficacité l’appel aux traditions de ce qui aurait été un grand peuple germanique avec l’annexion surprenante de certains apports philosophiques, cela au profit de la cohérence d’une doctrine qui recueillit l’adhésion d’un peuple et de la plupart de ses intellectuels.

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Chapoutot revient nécessairement à quelques-uns des grands thèmes qui scandaient déjà ses ouvrages antérieurs. Soit l’identification d’une doctrine de la race s’exprimant dans un droit communautaire en rupture avec le droit des individus « abstraits ». Soit la célébration d’un peuple des origines bénéficiant de la proximité avec une nature heureuse. Soit enfin la condamnation des grands moments de la pensée occidentale : le judéo-christianisme, les Lumières, la Révolution française, la démocratie. Tout cela étant repris fort utilement.

Dans la suite, nous retiendrons surtout ce qui, dans une enquête analytique finement menée, nous paraît le plus original et qui cible quelques-uns des temps forts d’une culture tout ensemble rétrograde et en projection vers l’avenir. Aberrante de toute façon.

En tête et comme exemple d’une des annexions les plus étonnantes, on retiendra le chapitre sur la prétendue dénaturation d’un droit nordique, dont le plus éminent représentant serait tout bonnement Platon, un Platon encore tout inspiré de l’esprit des gens du Nord qui auraient envahi la Grèce avant de s’y éteindre. Ce Platon-là est celui qui proposa une Cité idéale convenant à une doctrine à la fois communautaire et raciale. Mais, pour celle-ci, tout allait ensuite péricliter avec les sophistes et avec le droit romain.

Vient ensuite le chapitre rappelant la réfutation radicale par les juristes nazis des principes de 1789 et avant tout de l’idée égalitaire qui régit les droits de l’homme. Pour les nazis, ne sont pleinement dignes de vivre que les individus de bonne race, pour autant qu’ils soient performants et productifs. Le nazisme, disait Hitler, est de la biologie appliquée. Partant de quoi, il n’est de bon droit que celui qui sert le peuple et qui, d’ailleurs, est inspiré par ce dernier et par le bon sens des hommes de la terre.

Mais voici que le chapitre reprend pied dans le contemporain. La culture nazie est encore ardent combat contre le traité de Versailles qui a spolié le peuple allemand et aurait visé à la disparition pure et simple de l’Allemagne. Et ceci est à relier au fait que ce pays a été empêché d’avoir la main sur des régions colonisées et qu’il eut en conséquence un terrible besoin d’espace vital. Ici se fait jour un sacré paradoxe. Au moment où leur démographie est en chute libre, les Allemands se disent dans le besoin de s’agrandir de nouvelles terres cultivables. C’est à l’Est de l’Europe que le nazisme va aller les chercher. Et, comme le pays convoité en premier sera la Pologne, la présence massive, dans ses ghettos, de Juifs miséreux, voudra que la colonisation se fasse d’abord extermination des éléments pathogènes (toujours la biologie !). « Particularisme et colonialisme, note Chapoutot, semblent avoir partie liée, et constituer les deux piliers de ce droit international nouveau que les juristes nazis sont soucieux d’opposer à l’ancien. » (p. 171)

Mais viennent d’autres paradoxes encore au gré d’un chapitre qui en dit long sur « l’ordre sexuel » alors régnant. D’un côté, il s’agissait de créer une race pure et, de l’autre, il convenait de faire beaucoup d’enfants en temps de démographie décroissante. D’un côté, doit régner une morale de l’honnêteté matrimoniale mais, de l’autre, la polygamie s’avère souhaitable. Et sort de là tout un encouragement à reconnaître les enfants illégitimes ou bien encore à faire que les femmes continuent à procréer quand les hommes sont au front. C’est l’exemple d’un Martin Bormann, dont l’épouse organise l’alternance des grossesses entre elle et la maîtresse de son mari... « De même que les hommes sont soumis au “devoir de combattre”, écrit Chapoutot, de même les femmes ont-elles “le devoir de se reproduire” : “le combat idéologique mené par notre peuple demandera de dépasser les conceptions de l’honneur féminin par trop prudes”. » (p. 201)

Dans un chapitre un peu isolé, Chapoutot choisit de « revisiter » le cas Eichmann. Et il ne va guère dans le sens d’une Hannah Arendt qui, sur la foi de ce qu’elle avait vu au procès de Jérusalem, tendait à reconnaître dans le bourreau une sorte d’exécutant bureaucratique obtus. Notre auteur va, pour sa part, s’appuyer sur les Entretiens Stassen qui recueillent des conversations qu’a eues Eichmann lors de son exil en Argentine. Or, l’examen de ces sources révèle un Eichmann criminel par conviction idéologique  et qui demeure, longtemps après la guerre, le combattant fanatique qu’il était.

On en vient ainsi à la conclusion très enlevée de l’ouvrage, où Johann Chapoutot nous dit avoir voulu « livrer une contribution à la compréhension d’un phénomène historique et humain a priori proprement incompréhensible » (p. 279). Et certes, il nous fait progresser dans cette compréhension au fil d’une analyse qui parachève avec beaucoup d’opportunité et de talent sa « trilogie nazie ».

Johann Chapoutot, La Révolution culturelle nazie, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 2016. € 21. Lire l'introduction.

«Les nazis étaient souvent lettrés et savants»

Spécialiste de la période nazie, le Français Johann Chapoutot est l’une des figures phares du Festival Histoire et Cité qui commence ce mercredi à Genève. Il décrit les fondements culturels parfois sophistiqués d’un système monstrueux


Mais comment fait-il, le docteur Wilhelm Bayer, pour ne pas ciller devant les juges? La charge est accablante: on l’accuse, lui et dix-sept collègues, de la mort de 56 enfants entre 1939 et 1945, à l’hôpital de Hambourg. Imperturbable, il explique que les victimes étaient si diminuées qu’elles n’étaient pas tout à fait des êtres humains. Et qu’au nom de la vitalité de la race, il fallait «éliminer ces vies indignes d’être vécues». Platon ou Sénèque ne pensaient pas autrement, assène-t-il encore.

Cette scène, classique, sidérante toujours, ouvre La Loi du sang, penser et agir en nazi, radioscopie magistrale de la culture hitlérienne, des normes au nom desquelles des centaines de milliers de docteurs Bayer, têtes bien faites, ont agi entre 1933 et 1945. Son auteur, Johann Chapoutot, est l’hôte de marque du Festival Histoire et Cité, qui s’ouvre ce mercredi à Genève. Le Français montre comment universitaires, médecins, savants, juristes ont épousé le nazisme, corps et âme. Certains se sont peut-être sentis embrigadés. La plupart ont communié dans une vision biologique, nationaliste et raciste du monde, en toute bonne foi.

Le docteur Bayer, qui bénéficiera en 1949 d’un non-lieu, avait le choix, suggère Johann Chapoutot, spécialiste de la culture nazie qui donnera ce jeudi une conférence sur la naissance de l’individu libre dans l’Allemagne de la fin du XIXe. Cet exposé s’inscrit dans une édition du festival consacrée à la question de la liberté, justement, celle que proclament les révoltés de la place Tahrir, celle qui anime Martin Luther King et Malcolm X dans leur lutte pour les droits civiques. A l’aube du XXe siècle, les sujets de Guillaume II prennent leur envol sur le tremplin de l’individualité, dans une angoisse inavouée qui nourrira peut-être, après le choc de 14-18, le fantasme d’une communauté sans mélange.

Le Temps: Quel est l’homme nouveau que les nazis veulent imposer?

Johann Chapoutot: Il n’est pas nouveau, justement. Leur modèle est le Germain, archétype du courage, de la vitalité, un guerrier, mais pas un belliciste, qui évolue en parfaite harmonie avec la nature. Les nazis s’inscrivent dans un mouvement banal, qui est le retour au paradis perdu. Il faut revenir à l’archaïque, à ce Germain dont les Grecs et les Romains portent l’héritage. Et pour cela, il faut mettre fin à l’aliénation que font subir au peuple allemand le christianisme, le judaïsme, les Lumières, le communisme, tous ces courants universalistes.

Pourquoi ce rejet de l’universalisme?

Parce qu’il a contribué à dissoudre la race germanique, porté d’abord par les baïonnettes de l’armée française après la Révolution de 1789 jusqu’au traumatisme de la bataille d’Iéna en 1806. Les nazis se réclament du particularisme de la race, ils estiment que chaque race produit une morale et un droit valables pour elle. Dans cette vision, les Juifs sont considérés comme un agent ennemi qui a créé le christianisme pour abattre le peuple germanique et imposer leur doctrine des deux mondes, selon laquelle la vie terrestre est une épreuve, en vue d’un accomplissement ultérieur. Le Germain originel est heureux ici-bas. Les idéologues nazis prétendent ainsi que christianisme et judaïsme ont dénaturé l’humanité. Eux, ils prétendent réenchanter le monde.

Naturisme, défense des animaux, végétarisme, danse à ciel ouvert: les nazis recyclent des pratiques propres aux communautés utopistes du début du XXe siècle, celles qui font de Monte Verita, au bord du lac Majeur, le foyer d’un renouveau. Comment expliquer cette continuité?

La Kulturkritik est un mouvement hétérogène, qui appelle à changer son mode de vie et de pensée comme à Monte Verita, à contester une industrialisation aliénante, etc. Ce mouvement est traversé par des courants divers, communistes, spiritualistes, nationalistes et racistes aussi, comme toute cette mouvance pour qui le retour à la nature doit être un retour à la race.

Le nazisme en tant que culture serait donc une synthèse du temps?

Le nazisme n’est pas un ovni par rapport à l’époque. Quand on se penche sur ses fondements, on est frappé par la banalité de sa vision du monde: l’idée du paradis perdu est une rengaine rousseauiste, l’antisémitisme est une constante européenne, l’idée de sursaut national est en vogue… Tout cela n’a rien de proprement allemand. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’obsession de l’espace vital, qui est une conséquence de la révolution démographique que le pays a connue. Entre 1870 et 1914, la population a crû de 27 millions, d’où cette angoisse d’être un «peuple sans espace».

En vous lisant, on est effaré par le nombre d’intelligences qui servent l’idéologie nazie. N’y a-t-il pas une part d’opportunisme, malgré tout?

Elle est faible. On doit faire à tous ces intellectuels le crédit de la sincérité. Ils ne se déclarent pas nazis pour la galerie. Il suffit de lire les journaux intimes et les correspondances pour saisir qu’ils sont convaincus. Les idées auxquelles ils adhèrent, ils les professaient avant 1933 et ils les défendront après la guerre encore. Le général Otto Ohlendorf, par exemple, responsable de la mort de dizaines de milliers de Juifs, dira que le nazisme a répondu à la crise morale qui a été la sienne dans les années 1920. Comme avec le docteur Bayer, on est dans l’idéologie pure et dure.

Qu’avez-vous découvert que vous n’imaginiez pas en épluchant pendant des années des milliers de documents?

Comme ces crimes en chaîne dépassent l’entendement, on a tendance à penser qu’on a affaire à une clique de fous ou de barbares. Or, plus vous allez de l’avant, plus vous réalisez que ce sont souvent des personnes très aimables, bons pères de famille, bons maris, amis des bêtes, végétariens parfois. Le nazisme n’a rien d’exotique, il participe de notre culture, il puise dans nos humanités, latine et hellénique, et il interroge notre humanité.

Quelle conclusion en tirer alors?

Le nazisme n’était pas une fatalité, malgré un contexte qui le favorisait. Ces gens ont fait un choix, ils n’ont pas été emportés par une mécanique. Il y a des Allemands qui ont fait d’autres choix.

Est-ce qu’au vu des crispations nationalistes, du repli identitaire, un avatar du nazisme est imaginable?

Non, je ne le pense pas. D’une part, le nazisme s’enracine dans la Grande Guerre et l’humiliation de la défaite. Sa violence est justifiée par celle des tranchées. D’autre part, l’extrême droite contemporaine, même raciste, ne peut s’appuyer sur aucun fondement intellectuel et scientifique. Dans la première partie du XXe siècle, le racisme est un concept heuristique reconnu dans les sciences humaines et naturelles. Des linguistes, des biologistes, des anthropologues fondent leurs recherches sur cette vision. C’est aujourd’hui impensable.

     La Révolution culturelle nazie

Johann Chapoutot

NRF, Editions Gallimard, 2017, 282 p.

Johann Chapoutot souligne dès l’introduction la dimension insensée du système concentrationnaire nazi et annonce qu’il ne prétend pas, par ce livre, lui redonner définitivement du sens. Son ouvrage se présente comme l’aboutissement d’une longue réflexion et de multiples travaux cherchant à comprendre, précisément, pourquoi « Ici il n’y a pas de pourquoi ». On touche là à la fatalité de l’incompréhensible. La quête du « pourquoi » demeure et l’appréhension de son inutilité nous saisit comme une errance abyssale. Si, aux yeux des victimes, à travers l’Europe, il n’y a pas de pourquoi et que seul demeure le « comment », c’est donc à travers le regard des bourreaux qu’il faut chercher ce « pourquoi », ce qui revient à sonder leur âme. Entreprise vertigineuse que cette démarche qui est celle qui interroge Primo Levi à propos de son supérieur à Monowitz, le Dr Panwitz : « Je me suis demandé ce qui pouvait bien se passer à l’intérieur de cet homme ». En écrivant tout simplement « cet homme » Primo Levi, au regard de la conception nazie ici incarnée par le Dr Panwitz qui, lui, le regarde, ou plutôt le considère, comme un objet, opère un renversement total, commet une transgression car « si c’est un homme » alors comment comprendre ? Et Primo Levi d’insister, avouant même souhaiter le revoir pour percevoir sa part d’ « humanité ».

Johann Chapoutot nous propose de suivre ce chemin afin que nous puissions percevoir que ce que l’on nomme, trop facilement, « la folie du IIIe Reich » est aux yeux des nazis une nécessité historique. Affirmation affolante car elle-même incompréhensible ? Certes si l’on évacue la dimension utopique du nazisme pour se contenter des éternelles formules sans chair véritable : « folie », « barbarie », « démence meurtrière »… Le questionnement dès lors serait vain et l’on se contenterait d’étudier le « comment » sans essayer de saisir le « pourquoi » ou alors en fournissant, comme ce fut longtemps le cas dans l’historiographie du nazisme, des explications parfois peu satisfaisantes. Or l’auteur fait partie de cette lignée d’historiens qui ne se satisfont plus de ces maigres réponses. Aussi convoque t-il pour son étude l’Antiquité, le droit, la philosophie (Kant en particulier dont l’ « impératif catégorique » est utilisé par Eichmann lors de son procès !), l’anthropologie. Cela lui permet d’analyser et de mettre en lumière l’entreprise intellectuelle d’envergure des années 1920 qui renouvelle tous les domaines (droit, sciences humaines, économie, philosophie, biologie…). Ce renouveau permet un véritable travail idéologique qui, récupéré et approfondi par les intellectuels nazis, est intégré à l’Etat en 1933 et constitue le socle de la révolution culturelle. Le ton est donné : le nazisme et ces crimes relèvent de la folie ? De toute évidence, mais d’une folie normée, pensée, construite, argumentée et qui s’offre comme un univers mental spécifique, une véritable révolution. Si l’on daigne faire l’effort intellectuel d’accorder au nazisme cette dimension alors on perçoit mieux pourquoi cette « folie » fut, aux yeux des acteurs, légitime, juste et, surtout, nécessaire.
La Weltanschauung nazie est un monde de profonde anxiété, d’angoisses sans cesse alimentées, de visions apocalyptiques qui se focalisent en un point : l’extinction de la race germanique. La conception de l’Histoire développée par les nazis se nourrit d’une vision racialiste qui traverse les siècles, de la Grèce antique, ou plus précisément archaïque, annexée et instrumentalisée, à Auschwitz en passant par les Lois de Nuremberg. Les cercles dirigeants nazis sont tout à fait conscients que leurs actes vont à l’encontre de siècles de préceptes chrétiens, humanistes, libéraux. Précisément, là est bien le cœur de la révolution culturelle nazie : faire voler en éclats les barrières morales, religieuses, philosophiques, éthiques qui ne sont à leurs yeux que sentimentalisme destructeur. Il convient donc de déchirer ce voile séculaire de fausse morale et d’éduquer la population afin qu’elle retrouve sa vraie nature, qu’elle puisse croire que l’on peut, et doit, détruire, qu’elle consente. Cette révolution ne doit pas s’entendre au sens français de 1789, auquel l’auteur consacre par ailleurs un chapitre en tant que cible privilégiée du nazisme, mais au contraire comme un retour aux origines, à l’instinct de l’homme germanique avant qu’il ne soit dénaturé. Une dénaturation envisagée comme une aliénation par acculturation biologique, culturelle, juridique et politique et qui se traduit fatalement par une perdition. Par conséquent les normes juridiques et morales doivent être repensées et débarrassées de leur humanisme et de leur universalisme. Les nazis tentent de retrouver l’homme germanique originel, « archaïque », ce qui conduit à relativiser la notion d’ « Homme nouveau » que l’on attribue généralement aux régimes totalitaires. S’il y a bien une projection dans l’avenir qui détermine la modernité de l’espérance nazie (le Reich millénaire à travers la promesse de l’Est, c’est-à-dire l’espace vital), celle-ci est en réalité fondée sur la recherche obsessionnelle, « archéologique » et réactionnaire d’un passé mythique (voir à ce sujet les activités de l’Ahnenerbe).
Selon Johann Chapoutot les idées nazies ne rencontrent pas de réels problèmes de diffusion et d’appropriation puisqu’elles sont déjà présentes, à un degré moindre, dans les sociétés occidentales sous forme de réponses possibles aux conséquences des mutations induites par la révolution industrielle (société atomisée, perte des repères et des solidarités traditionnelles), l’évolution des sciences (médecine, génétique, biologie), les troubles politiques (1917 et la vague révolutionnaire qui s’ensuit), les métissages raciaux et culturels et bien sûr la Grande Guerre (brutalisation, déshumanisation). Tous ces phénomènes accentuent la peur de la dégénérescence et renforcent la conception biologique de l’homme et de la société (vision organique), le mythe du « Paradis perdu », de l’ «Âge d’or ». De plus la science tend à prouver qu’il n’y a qu’une seule véritable loi : celle de la nature. Le travail juridique des intellectuels nazis s’effectue à partir de ce principe et ils en déduisent, comme Hans Frank, que ce qui est légal et juste c’est ce qui sert le peuple allemand et protège son sang. Les nazis appréhendent ainsi la « question juive » sous un angle hygiéniste et médical assimilant les Juifs à des virus, des microbes dont tout être normalement constitué veut se débarrasser. Si ces idées sont donc préexistantes, ce qui relève en propre du nazisme c’est « leur mise en cohérence et leur mise en application, rapide, brutale, sans concession… » (p. 16). En outre les nazis sont persuadés qu’ils ont un avantage sur leurs ancêtres germains : grâce à la science ils connaissent, eux, la véritable nature de leur(s) ennemi(s). D’autre part la vision du monde nazie est une sorte d’agrégat où chacun peut trouver ce qui lui convient tant est large la palette d’idées proposées mais dont la cohérence tient au postulat de la race. Cela, il va sans dire, facilite l’adhésion. L’auteur souligne d’ailleurs que Marc Bloch avait décelé cette puissance intellectuelle attractive dans le nazisme. En résumé, la Weltanschauung nazie propose un corpus cohérent : une vision de l’Histoire, de l’homme, de la société, de l’espace et du temps, de la nature. Elle est donc une réponse construite aux problèmes du temps mais dont, aux yeux des nazis, les racines sont anciennes et profondes. La philosophie des Lumières et 1789 constituent les cibles privilégiées tant elles semblent concentrer toutes les tares accumulées et représenter dans toute sa dangerosité le complot judéo-chrétien et son avatar judéo-bolchevique. La liberté n’est que chimère et on lui oppose l’hérédité, l’individualisme est destructeur et la Volksgemeinschaft (« communauté du peuple ») est la seule réalité, l’universalisme est une aberration et seule doit compter la nation, l’égalité est une invention que dément la nature, etc.
On terminera en notant que si l’on peut prouver la réalité des crimes et leur ampleur par une étude détaillée de la machine du meurtre de masse et de sa logistique (voir par exemple les travaux de Jean-Claude Pressac), cela ne suffit pas à comprendre la logique des criminels et, nous dit l’auteur, il n’est pas évident non plus que cela constitue un véritable rempart face au négationnisme. Il est donc impératif d’aborder « cet univers mental si particulier » (p.19) qu’est celui des criminels. Il s’agit d’un exercice éprouvant pour l’historien puisque, sans parler du travail que cela suppose, il le conduit à constater que les crimes étudiés ont un sens. Lequel ? L’application de la loi du sang qui devait faire en sorte que « l’homme germanique vivrait ainsi non plus dans une nature terrifiante, celle du combat des races et de l’extinction des espèces, mais dans une nature avec laquelle, enfin, il vivrait en harmonie, au nom de la loi du plus fort. C’est cette eschatologie biologique, cette grande paix de l’espace vital, qu’une guerre effroyable a voulu édifier » (p. 280). Il y a donc bien un danger à plonger dans « l’œil du nazisme (George Mosse) car comme l’écrivait Nietzsche : « Si tu regardes longtemps dans l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi ». Peut-être est-ce aussi pour cela que Johann Chapoutot nous confie qu’il entend clore le dossier avec ce livre synthétique et mettre un terme à la douloureuse fréquentation de l’abîme nazi.
Pour ma part je ne peux que vous inviter, si ce n’est déjà fait, à vous plonger dans cette lecture peut-être délicate mais tellement enrichissante.

  • Plan de l’ouvrage
  • Introduction
  • Première Partie : Aliénation, Acculturation, Perdition (pp.20-86)
    1. La dénaturation de la pensée nordique : du racisme platonicien à l’universalisme stoïcien
    2. La dénaturation du droit nordique : droit germanique et réception du droit « romain »
    3. « Effacer 1789 de l’histoire allemande »
  • Deuxième Partie : Le retour à l’origine (pp. 87-131)
    4. Loi des Anciens, loi de la race : à l’école de l’Antiquité
    5. A l’école de Kant ? Kant, philosophe « nordique »
  • Troisième Partie : La refondation normative : une nouvelle morale, un nouveau droit (pp. 133-211)
    6. Le « peuple », principe et fin du droit
    7. L’ordre international : le « combat » contre le traité de Versailles
    8. L’ordre sexuel : reproduction, monogamie et polygamie sous le IIIe Reich
  • Quatrième partie : Dans l’œil du nazisme (pp. 213-266)
    9. « Pour la liberté de mon sang et de ma race » : le cas Eichmann revisité
    10. La terre et la guerre : conquête de l’ « espace vital » et colonisation
    11. « Contamination » et extermination

     Conclusion

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 Holocaust Memorial Museum

LA CULTURE SOUS LE TROISIÈME REICH Dès 1933, Joseph Goebbels, ministre nazi de la Propagande et de l'instruction publique, s'employa à mettre en conformité les arts et la culture avec les buts du nazisme. Les Juifs et les personnes considérées comme politiquement ou artistiquement suspectes furent exclues des organisations culturelles. Les travaux d'écrivains allemands de premier plan, comme Bertolt Brecht, Lion Feuchtwanger ou Alfred Kerr, furent brûlés en mai 1933 lors d'un autodafé public à Berlin.Créée en septembre 1933, la Chambre de la culture du Reich supervisait et régulait toutes les facettes de la culture allemande. Elle était composée de la Chambre du film du Reich, de la Chambre de la musique du Reich, de la Chambre du théâtre du Reich, de la Chambre de la presse du Reich, de la Chambre de la littérature du Reich, de la Chambre des beaux-arts du Reich et de la Chambre de la radiodiffusion du Reich. 

L'esthétique nazie mettait l'accent sur la valeur de propagande de l'art et glorifiait la paysannerie, "l'Aryen" et l'héroïsme de la guerre. Cette idéologie était érigée en contraste fort avec l'art moderne et innovant comme la peinture abstraite, qualifiée "d'art dégénéré", de "bolchévisme artistique" et de "bolchévisme culturel".En architecture, les nazis construisirent, dans un style classique dépourvu de toute imagination créative, des édifices monumentaux destinés à exprimer la "grandeur" de leur mouvement politique. En littérature, ils firent la promotion d'écrivains tels qu'Adolf Bartels et Hans Baumann, le poète des Jeunesses hitlériennes, et établirent une "liste noire" de livres à retirer des bibliothèques publiques. Outre la littérature paysanne et les romans historiques centrés sur le Volk (le peuple), les autorités culturelles allemandes promurent les romans de guerre pour préparer la population au conflit.Le "perfectionnement de l'art" allemand (expression servant à désigner toutes les mesures prises pour promouvoir les artistes et les arts) s'étendit aussi au cinéma. 

Largement financée par l'Etat, cette industrie fut un important outil de propagande. Des films, tels que le Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl ou Le Jeune Hitlérien Quex de Hans Steinhoff, glorifiaient le parti nazi. D'autres films, comme Ich klage an, justifiaient le programme d'euthanasie, tandis que le film de fiction Le Juif Süss et le pseudo-documentaire Le Juif errant perpétuaient les stéréotypes antisémites.Dans le domaine de la musique, les Nazis firent la promotion des compositeurs allemands comme Jean Sébastien Bach, Ludwig van Beethoven, Anton Bruckner, et Richard Wagner, tout en interdisant de jouer les œuvres de "non-Aryens" tels que Felix Mendelssohn et Gustav Mahler. 

Adolf Hitler assistait régulièrement aux représentations du festival d'opéra de Bayreuth organisé en l'honneur du compositeur Richard Wagner. Les Nazis diffusaient des chants et des marches nationalistes pour encourager l' endoctrinement idéologique.Les troupes théâtrales mettaient aussi bien en scène des pièces de grands écrivains allemands, comme celles de Goethe et de Schiller, que des fictions nationales-socialistes. De grands amphithéâtres furent construits en plein air afin de fédérer les Allemands autour de l'idée de communauté nationale (Volksgemeinschaft).La promotion de la culture "aryenne" ainsi que la suppression d'autres formes de production artistique participèrent également à la "purification" de l'Allemagne.


Études sur la culture normative nazie 

Johann Chapoutot

https://doi.org/10.4000/ifha.8065

Notes de la rédaction


Travail d’habilitation à diriger des recherches sous la direction de Pascal Ory, université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, soutenu à Paris I le 21 octobre 2013

Texte intégral

1Face au crime nazi, inouï dans son intensité et son extension, les historiens ont, soit évité la question de la causalité (pourquoi tant de violence ?), soit l’ont posée dans des termes qui privilégiaient :

  • Les causalités externes : la crise économique (le choc exogène, terrible, de 1929 qui venait réactiver celui de l’hyperinflation), les mutations sociales (le malaise de la petite bourgeoisie, etc…), les dynamiques de groupe dans les actions de tuerie.

  • Les causalités para-humaines (folie, rupture de civilisation, régression dans la barbarie, etc…)

  • Une causalité endogène, liée à une supposée idiosyncrasie allemande (celle du « chemin particulier », du Sonderweg).

2Peu d’historiens, au fond, ont pris le discours nazi au sérieux. Le nazisme, version allemande du fascisme, serait ainsi une pratique plus qu’une théorie, un corpus d’actes effectués par des hommes aux idées aussi courtes que leurs cheveux. S’il y eut des mots, nazis, ceux-ci sont supposés se limiter à la mise en musique rhétorique d’idées simples et brutales, aussi primaires que l’art oratoire d’un Hitler ou d’un Goebbels.

3Certains historiens ont cependant lu avec attention la production nazie : l’Hitler idéologue de Jäckel, mais aussi les anthologies de Wulf et Poliakov ont, dès les années 1960, attiré l’attention sur le fait que le discours nazi n’est pas une logorrhée, mais un logos, structuré, organisé et cohérent. Par ailleurs, la distinction entre discours et pratique reste, dans le cas nazi, largement théorique : ce qui est dit est fait, et ceux qui font disent et justifient sans cesse.

4Le projet de cette HDR était d’appréhender ce que l’on peut appeler l’idéologie, la culture ou la vision du monde (Weltanschauung) nazie. Le corpus étudié est la littérature normative, celle qui énonçait des normes : manuels de combat, fascicules de formation idéologique, presse et cinéma, productions des juristes (manuels, cours, traités, pamphlets, essais…) et des philosophes (quelle éthique pour le nouveau Reich ?), mais aussi des historiens (comment vivaient les ancêtres germaniques ?), des médecins, biologistes, raciologues et zoologues… En tout : plus de 80 000 pages de sources et plus de 50 films montrant :

  • Que les normes héritées, celles du judéo-christianisme, sont néfastes à la race germanique : oui, il est justifié de tuer ; non, la monogamie n’est pas un commandement divin, car la nature commande au contraire d’engendrer le maximum d’enfants, etc…

  • Qu’il est donc nécessaire de promouvoir de nouvelles normes, en allant les puiser dans le passé de la race germanique : us et coutumes des anciens germains, droit des Grecs et des Romains des origines (qui étaient de race nordique !).

  • Qu’il faut donc rendre à la race son authenticité en retrouvant sa nature, i.e. sa naissance. C’est seulement ainsi qu’elle renouera avec la nature et qu’elle survivra, plus puissante, dans un monde d’ennemis.

5Ces considérations ne sont pas demeurées circonscrites aux seuls cercles savants : presse, cinéma, enseignement scolaire, formation idéologique montrent que ces nouvelles normes (eugénisme, meurtre, autodéfense raciale, polygamie, etc.) étaient diffusées, car le peuple allemand devait, aux yeux des nazis, être guéri d’un passé millénaire (celui de l’acculturation judéo-chrétienne) par un passé plus ancien encore (celui de la nature germanique). Les acteurs, comme nous le montrent de nombreuses sources privées (journaux intimes, correspondances…) se sont approprié ces normes, qui donnaient sens et justification à leurs actes (tuer un enfant au bord d’une fosse est un acte de bravoure militaire face à l’ennemi biologique juif) et à ce qu’ils voyaient, notamment sur le front de l’Est.

6Si, comme l’écrivait Marc Bloch dans la clandestinité, le métier d’historien est de comprendre et non de juger, une telle démarche offre une contribution à la compréhension du phénomène nazi.

7Décliné en trois séquences (procréer – combattre – régner), elle offre également, à travers des sources a priori abstraites, une histoire très concrète du IIIème Reich : de ses projets, de ses réalisations, de ses combats et, in fine, de son échec. Le mémoire et les articles qui composent le dossier nous emmènent ainsi, à travers l’étude de la norme, dans l’Allemagne eugéniste et concentrationnaire de 1933, sur le front de l’Est, puis de l’Ouest et, enfin, dans les décombres d’une Allemagne écrasée après un combat que, en bonne logique biologique, les nazis avaient voulu radical.

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Le Nazisme et la Culture

Lionel Richard

Editions Complexe, 2006, 378 pages.

Le Nazisme et la Culture

Par Cyril Froidure.

Cet ouvrage, paru sous le même titre en 1978 aux éditions Maspero, est ici réimprimé avec un avant-propos inédit. L’auteur, professeur des universités en littérature comparée et auteur d’articles pour des périodiques tels que Le Monde diplomatique, a rédigé plusieurs livres sur l’Allemagne et la culture allemande au XXe siècle parmi lesquels « la vie quotidienne sous la république de Weimar » ou encore « Nazisme et barbarie ».
Ici, Lionel Richard fait l’inventaire des conceptions culturelles des nazis en se proposant de replacer celles-ci dans l’histoire culturelle allemande, en contradiction avec certains auteurs qui les expliqueraient par des caractères propres à un esprit allemand et à d’autres qui penseraient qu’elles découlent uniquement de l’idéologie.
Son travail a pour objectif d’expliquer comment fut possible une production culturelle nazie et de quelles façons, les nazis trouvèrent, pour prendre les termes de l’auteur « des milliers de producteurs culturels ».

Au cours d’une première partie, l’auteur évoque les rapports entre le nazisme et la culture, la seconde partie, qui représente la moitié de l’ouvrage, est réservée à des commentaires et à des annexes permettant d’illustrer les propos tenus dans la première.
Lionel Richard met en évidence les rapports entretenus entre les nazis et la culture. Il évoque tout d’abord la manière dont les nazis envisagent la culture, son rôle dans la société. Dans ce domaine, la culture et l’art ont pour objectif de promouvoir les idées nazies afin de permettre de réaliser une société homogène. Pour cela, culture et art n’ont pas à innover mais à copier ce qui est accepté par les mentalités ; de ce fait, l’art pour les nazis, c’est un art éternel, un art mort qui doit mettre en valeur le sang et le sol, fondements de la communauté ce qui explique, entre autres, le rejet de l’art moderne qui pourrait compromettre l’unité de la volksgemeinschaft.
Les valeurs morales, revendiquées par le nazisme (patriotisme, obéissance et amour du chef, travail) et issues pour nombre d’entre elles du nationalisme, doivent permettre de déterminer ce qui est beau et ce qui ne l’est pas, ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas ou relève de l’art dégénéré. L’auteur explique ici au passage que valeurs et conceptions nazies sur la culture ne sont pas neuves mais sont en partie celles qui avaient cours en Allemagne depuis 1871 et qui se sont diffusées à la fin du XIXe siècle puis au début du XXe dans une partie de la presse et de la littérature. Toutefois l’auteur effectue une mise en garde : les conceptions culturelles de cette époque ne menaient pas forcément au nazisme.
Une fois au pouvoir, les nazis allaient très rapidement imposer leur vision de la culture et de l’artiste. Les deux devaient être au service d’une propagande permettant de forger et de renforcer la communauté nationale. Pour cela, ils devaient être soumis, intégrés à l’état car le IIIème Reich devait être une totalité sans failles. Les premières mesures visant à contrôler la production artistique furent prises dès 1933 et permirent de mettre au pas les artistes ; nombreux furent ceux suspendus ou évincés, la section littéraire de l’académie prussienne fut dissoute car jugée trop imprégnée de l’esprit de la république de Weimar. Ces mesures répressives prirent un tour spectaculaire lors de l’autodafé de milliers de livres le 10 mai 1933.
A ces mesures de rétorsion s’ajoutèrent des mesures de contrôle de la production et de la consommation culturelle à travers la création d’un ministère de la propagande et de l’information dirigée par Joseph Goebbels. Celui obtint la haute main sur toutes les activités de l’esprit au grand désarroi de Rosenberg et de nombreux ministères qui se virent retirer leurs compétences qui touchaient de près ou de loin au domaine culturel. On a là un exemple typique des luttes de pouvoir qui traversèrent le IIIème Reich durant toute son histoire.
Du ministère de la propagande dépendait une chambre de la culture qui devait contrôler administrativement la culture.
Face à cela, quelles furent les réactions des artistes ? L’auteur s’attarde sur le cas des écrivains.
Un grand nombre se rapprocha des nazis ; il s’agit d’auteurs nationalistes mis en valeur par les nazis. La littérature nazie proprement dite existait avant 1933 mais prit son réel essor avec l’arrivée au pouvoir sous l’impulsion des dirigeants mais aussi d’associations et de revues telles que Die Neue Literatur qui définit un programme littéraire destiné à soutenir la littérature fidèle aux valeurs du peuple allemand. Ce programme, centré sur le retour au passé, une langue purifiée, le racisme, le retour à la terre, fut développé dans les quatre courants littéraires qui eurent cours de 1933 à 1945 : le courant nationaliste qui exaltait la guerre comme source de valeurs humaines, le néo-romantisme qui chantait une Allemagne éternelle, le régionalisme et la littérature de propagande.
Les autres eurent à choisir entre une prise de distance vis-à-vis des nazis tout en restant en Allemagne, c’est l’émigration intérieure et ceux décidèrent de quitter le pays en raison d’une conception du monde différente de celle des nazis. Quoiqu’il en soit, ces choix furent, le rappelle l’auteur, des choix individuels.
Le dernier chapitre de la première partie est consacré à la postérité du national-socialisme dans la culture, essentiellement en littérature dans l’Allemagne de l’après-guerre. En RDA, celui-ci n’eut plus d’influence alors qu’en RFA, la situation est plus ambiguë. Le discours officiel était celui de la dénazification or jusqu’en 1969, le développement d’une littérature de guerre, d’évasion qui idéalisait le passé, la publication des mémoires de hauts dignitaires (Albert Speer) ou d’artistes ayant soutenus le régime nazi (Blunck, Grimm) entretinrent le souvenir de l’Allemagne nazie. L’attitude de l’état fédéral ne fut pas en reste ; l’exemple des télégrammes envoyés par le président Lübcke et le chancelier Erhard à E.Junger pour ses 70 ans illustrait cette ambiguïté. Lionel Richard conclut en précisant que depuis les années 70, de nombreuses remises en question ont eu lieu sous l’impulsion des nouvelles générations tout en faisant remarquer qu’il n’était pas sûr qu’au jour d’aujourd’hui, le nazisme ait été collectivement surmonté.Ce livre permet d’avoir une vision globale des rapports entre nazisme et culture, rapports qui sont remis dans leur contexte, celui d’une Allemagne soumise depuis l’unification de 1871 à un discours porteur d’idées nationalistes reprises à leur compte par les nazis. Tout au long de son développement, l’auteur cite abondamment des sources contemporaines qui illustrent son propos ; cette dynamique est maintenue grâce à la présence de nombreuses annexes qui permettent d’approfondir les thèmes abordés dans son développement : les nazis et la culture, l’organisation de la chambre de la culture et une intéressante partie sur les différentes positions prises par des écrivains, allant de la compromission avec le régime nazi (Hanns Heinz Ewerz, Gottfried Benn) à l’émigration et à la résistance (Klaus Mann, Thomas Mann) en passant par le « martyr » (Carl von Ossietzky).Copyright Clionautes 2006.
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Lionel RichardLionel Richard, n.1938 (85 de
ani)
Nationalité : France
Né(e) à : Dans un village de la Brie, près de Provins (77) , 1938
Biographie :
Professeur émérite de littérature comparée, et auteur d’articles pour des périodiques tels que Le Monde diplomatique. Après avoir traduit deux recueils de poèmes de Nelly Sachs, Prix Nobel en 1966, a rédigé plusieurs livres sur l’Allemagne et la culture allemande au XXème siècle parmi lesquels « la vie quotidienne sous la république de Weimar » ou encore « Nazisme et barbarie » a dirigé le recueil D'où vient Adolf Hitler (éditions (éditions Autrement)
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